Un nouveau tournant dans la situation mondiale (1/3)

Un nouveau tournant dans la situation mondiale (1/3)

Du 13 juillet au 26 novembre 2022, nous avons pu observer une série d’événements qui, pris dans leur ensemble, c’est-à-dire de l’Asie du Sud et de l’Est à la Grande-Bretagne, en passant par l’Ukraine, l’Afrique ou les Amériques, dévoilent un tournant mondial des luttes « par en bas ». Ce que l’on a pu observer, c’est qu’elles sont passées au même moment du défensif à l’offensif lorsque, « en haut », un autre tournant se dessinait : celui de l’usure et du déclin des populismes de droite extrême qui avaient été propulsés sur la scène politique et gouvernementale comme ultime tentative de la bourgeoisie pour dévoyer les montées sociales de la phase précédente.

Cette situation nous rapproche un peu plus de circonstances pré-révolutionnaires que la vieille formule synthétise par : « en bas on ne veut plus, en haut on ne peut plus ».

Bien que nous ayons été nombreux à être remués par certains de ces événements, ce sentiment prégnant n’a souvent duré qu’un instant. La plupart des observateurs sont retombés dans une sorte de torpeur et ces évènements ont vite été attribués à une période tout juste un peu plus fébrile que les précédentes. Car si nous pouvons sentir qu’il se passe peut-être quelque chose d’important, nous n’avons pas forcément les mots pour saisir consciemment leur dimension commune et leur dynamique d’ensemble. Souvent trop influencés par la géopolitique d’ « en haut » et pas assez par celle d’ « en bas », nous avons certes pu les percevoir un par un, mais sans toutefois en saisir la logique : leurs enchaînements et leur influence sur les dominants. Incapables de restituer leur portée et dans l’impossibilité d’assimiler les leçons à en tirer, il nous est difficile de lire les signes de ce chambardement dans ce que nous vivons ici, aujourd’hui, au quotidien.

Ce dossier en trois volets nous servira à y voir plus clair. Nous commencerons par brosser le paysage des mouvements sociaux en cours en Asie, avant de nous intéresser à ceux qui se déroulent en Europe et dans les Amériques. Enfin, nous tenterons de cerner les conséquences de ces modifications sur les puissants de ce monde et les difficultés grandissantes qu’ils rencontrent pour y faire face.

L’ASIE EN ÉBULLITION : SRI LANKA, BANGLADESH, PAKISTAN, INDE, IRAN, CHINE

J’écrivais dans un précédent article Ukraine : sous la guerre, la révolution ? : « Globalement, les convergences révolutionnaires entre les collectivités humaines mondiales se sont mises de plus en plus à écrire l’Histoire [la grande, ndlr], au détriment de celle [petite, ndlr] qui découle des rivalités entre les États-nations» et « depuis 2018 nous assistons à une recherche consciente du rapprochement des mouvements contre l’exploitation et contre les oppressions ». En même temps qu’un développement de l’indépendance de classe au sein des mouvements, faudrait-il ajouter. C’était déjà le potentiel de la tendance que je décrivais dans mes articles Tempête sur l’Asie pour les événements de 2020-2021, avec comme limite leur incapacité à poser la question du pouvoir. Ce potentiel et ces tendances sont aujourd’hui devenus des réalités bien concrètes même si la question du pouvoir, et par conséquent la conscience même du mouvement en cours, bien qu’initiée, soit encore à l’état d’ébauche. Mais une ébauche de masse.

AU SRI LANKA, AU BANGLADESH ET EN INDE

L’Asie du sud était donc déjà en ébullition en 2020-2021. On peut relever le soulèvement paysan indien bien sûr (Cf. Le mouvement paysan indien (2020 à aujourd’hui)), mais encore, au même moment, le mouvement social massif agitant le Pakistan et qui aboutit à la chute du gouvernement en avril 2022 (Cf. Tempête sur l’Asie (3/3). Du soulèvement paysan indien à l’indépendance politique ouvrière au Sri Lanka et au Pakistan). Rajoutons les multiples grèves et luttes d’importance aux Maldives, au Népal et au Sri Lanka. Dans ce dernier pays, cette dynamique déjà puissante a pris une autre dimension le 13 juillet 2022. Les insurgés, après avoir investi les bureaux du premier ministre, la télévision, encerclé le parlement et s’être emparé du palais présidentiel, firent tomber le chef d’État et son gouvernement. Ils se sont ensuite baignés dans sa piscine, devant les yeux enthousiastes des travailleurs du monde entier1. Pour la première fois depuis longtemps, les prolétaires destituaient le gouvernement et s’emparaient des organes du pouvoir, au moins pour un temps.

À Sylhet, Bangladesh, manifestation pour la hausse des salaires dans les plantations, 10 août 2022. (IMAGO/H. M. Shahidul Islam / Eyepix Group)

Puis, début août, commençait une grève de 150 000 ouvriers – et surtout ouvrières – des plantations de thé du Bangladesh travaillant dans une situation de quasi esclavage économique et patriarcal2. Quinze jours après, ces ouvrières étaient victorieuses avec, selon les autorités, un quadruplement de leur revenu. En Inde, ce succès eut des effets immédiats. Il entraîna dans son sillage deux hausses importantes des salaires pour 600 000 ouvriers et ouvrières du thé dans l’État indien frontalier de l’Assam. Suivit une hausse du salaire minimum de 67% au Sikkim, un autre État indien de cette même région, connu aussi pour ses plantations. C’était aussi la première fois depuis longtemps qu’une grève ouvrière d’une telle ampleur était victorieuse.

Toujours en août, encouragés par les succès revendicatifs des ouvrières des plantations de thé, des millions de bangladais descendaient massivement dans les rues – et continuent à le faire sans répit jusqu’à aujourd’hui – pour dénoncer la hausse des prix des carburants, avant d’exiger la chute du régime3. Au même moment, des soulèvements se déclenchèrent dans les sept États de la région de l’est de l’Inde, à la frontière du Bangladesh et de la Birmanie, dénonçant pêle-mêle la dictature militaire indienne dans la région, comme la dictature militaire birmane sur les mêmes peuples et tribus qui vivent de part et d’autre des frontières.

Des travailleurs du textile bangladais bloquent une route pour réclamer leurs salaires impayés lors d’une manifestation à Dhaka, au Bangladesh, le jeudi 16 avril 2020. (AP Photo/Al-emrun Garjon)

Ainsi, à partir d’une révolte de femmes esclaves sur les plantations de thé du Bangladesh, au travers de multiples révoltes par delà les religions qui les divisent (hindoues, musulmanes, chrétiennes, bouddhistes), et par dessus les frontières, s’est dessinée une remise en cause des États issus des indépendances de 1947. Dans cette région où les peuples et les tribus sont innombrables et où les guérillas le sont tout autant depuis 1947 – les plus anciennes au monde4 – parce que les frontières des indépendances ont séparé dans le sang des peuples frères, avec une loi martiale maintenue quasiment depuis 1947 dans les États indiens, les luttes ouvrières ont esquissé les contours d’une nouvelle union des peuples. Un vaste Bengale d’avant les indépendances, qui regrouperait dans la paix les peuples et tribus d’un même ensemble : Bangladesh (166 millions d’habitants), Birmanie (55 millions d’habitants) et Est Indien (140 millions d’habitants).

Cela signifie que la contestation ouvrière, au départ économique, a pris une dimension politique dépassant les acquis et les limites des indépendances d’il y a soixante-dix ans. Et ce n’est pas tout.

LA SITUATION AU PAKISTAN ET EN IRAN

En effet, toujours en août 2022, mais cette fois au Pakistan, démarrait une grève de 40 000 ouvriers du textile – en majorité des ouvrières – pour des augmentations de salaires dans la capitale Faisalabad5. Située dans la province du Pendjab, cette ville est l’équivalent de la Manchester du XIXe siècle. Quinze jours après, ils obtenaient une augmentation de 17% pour 300 000 ouvriers du textile. Une victoire historique qui se prolonge aujourd’hui par des luttes incessantes et gagnantes pour des améliorations diverses des conditions de travail et des droits sociaux dans la région. Dans les briqueteries par exemple, mais aussi et encore dans le textile où, face aux menaces de fermetures en conséquence des inondations de cet automne, les ouvrières répondent par la menace de prendre les usines à leur compte6. Les revendications économiques ont été ici dépassées pour des objectifs subversifs remettant en cause l’ordre capitaliste. Ceci est d’autant plus vrai que l’organisation qui anime ce mouvement, le HKP7, ne cache pas son projet de mettre la question ouvrière au centre de l’agenda social et politique du Pakistan.

Des ouvriers pakistanais organisent un rassemblement dans la localité de Sudhar (district de Faisalabad) contre la montée en flèche de l’inflation et pour les droits fondamentaux. 2022. (Photo par l’HKP)

C’est la première fois dans l’histoire du Pakistan – 220 millions d’habitants – que le mouvement des luttes ouvrières atteint un tel degré d’autonomie politique. En effet, il arrive à réellement contester l’autorité politique des différents clans bourgeois qui ont toujours su se mettre à la tête des colères populaires pour les dévoyer dans des impasses.

Pour continuer, encore en août et toujours au Pakistan, démarrait un mouvement populaire laïc massif et quotidien dans une des quatre provinces du pays, celle du Khyber Pakhtunkhwa (qui est frontalière de l’Afghanistan). Le but était de mettre fin à la terreur religieuse des talibans, comme à leur gangstérisme et à leurs rackets se développant grâce à la complicité d’un État pakistanais corrompu8. Cette mobilisation qui soulève encore aujourd’hui, fin novembre, tout le peuple pachtoune (peuple en majorité originaire d’Afghanistan) est massive. Elle a lieu à l’initiative d’une organisation pachtoune se réclamant du marxisme, le PTM9. Son effort pour traquer les Talibans partout où ils tentent de se cacher se développe dans une région qui fut pourtant le berceau du mouvement taliban, ce qui témoigne d’une évolution considérable des esprits dans un État fondé sur des bases religieuses10. La réalité est donc très éloignée de ce que nos médias nous présentent de ce pays et de ce que la géopolitique nous fait imaginer.

Un soldat iranien surveille un rassemblement pro-gouvernemental organisé par les autorités à Téhéran, le 25 novembre. (Ebrahim Noroozi / AP)

Dans le même ordre d’idées, à peine plus tard, en septembre 2022, mais pas très loin de là, en Iran, les femmes se soulevaient contre la dictature religieuse des ayatollahs, jetaient leurs voiles et se coupaient les cheveux11. Elles ont su entraîner l’ensemble de la population, osant défier et ébranler une féroce dictature religieuse de 40 ans12. Depuis, et après plus de soixante jours, la révolte se développe dans les confins du pays, aux Kurdistan et Baloutchistan iraniens, tout près du Baloutchistan pakistanais. Or, justement, dans ce Baloutchistan pakistanais situé à peine plus au sud de la province du Khyber Pakhtunkhwa et où le PTM fait la chasse à la dictature religieuse, un mouvement massif se développe. Cela fait en effet un mois que le port de Gwadar, donnant sur la mer d’Arabie, est bloqué. Essentiel à l’économie pakistanaise ainsi qu’à l’économie chinoise, en particulier pour la province du Xinjiang (ce territoire au foyer ouïgour des révoltes chinoises d’aujourd’hui)13(Cf. Se référer à la carte 1 des corridors commerciaux chinois de la fin de l’article), il est le coeur d’une lutte des travailleurs et de la population qui exigent tout : de meilleurs salaires, un droit du travail, la sécurité sociale (la protection contre la maladie, la vieillesse et le chômage), des infrastructures et des services publics pour répondre aux besoins en hôpitaux, écoles, médecins de proximité, routes, eau courante et électricité, etc. Ils demandent en outre la levée des frontières entre les Baloutchistans iraniens et pakistanais14.

Ainsi, comme pour le Grand Bengale, on assiste à une jonction des mouvements sociaux et sociétaux, féministes et ouvriers, qui remettent non seulement en question l’ensemble de l’ordre social, mais encore la géographie des État au sein desquels se forgent et se maintiennent oppressions et exploitations.

L’INDE À NOUVEAU

En Inde, la province du Pendjab, voisin du Pendjab pakistanais qui connaît de nombreuses révoltes ouvrières – et séparé de lui par la sécession religieuse pakistanaise de 1947 (Cf. Se référer à la carte 2 de la géographie des provinces frontalières de l’Inde et du Pakistan) -, a été l’épicentre du soulèvement paysan indien de 2020-2021. Il est aussi, avec l’État voisin indien de l’Haryana, au berceau du SKM, la coordination radicale paysanne s’étant constituée contre toutes les haines et divisions de sexe, religions et castes. Cette organisation a ébranlé en 2020-2021 l’autorité du pouvoir central d’extrême droite du BJP de Modi et l’a fait reculer notamment grâce à l’engagement des paysannes, toujours à l’avant-garde de la lutte. Celles-ci ont entraîné à leur suite les autres femmes du pays, les ouvrières et ouvriers, les tribus, les basses castes et les jeunes15.

Le SKM avait fait reculer le pouvoir au point de presque réussir à le faire chuter16. Cependant, comme les organisations étudiantes à la tête de la lutte au Sri Lanka, il avait hésité puis finalement renoncé à marcher pour la prise effective du pouvoir, au profit d’un prétendu processus constituant institutionnel et des solutions électorales traditionnelles. Ce recul politique et stratégique avait toutefois entraîné, au Pendjab indien, le succès électoral hors du commun d’un tout petit parti, l’AAP, sorte de Podemos indien17. Mais bien sûr, l’AAP, comme le Podemos espagnol, s’est installé dans le système et ne fit pas beaucoup mieux que les autres.

Des militants et des agriculteurs participent à une manifestation alors qu’ils continuent de manifester contre les récentes réformes agricoles du gouvernement central, à Bangalore, le 26 janvier 2021. (Photo de Manjunath Kiran / AFP)

Aussi, fin septembre 2022, le SKM, qui a une influence considérable en Inde et mène toujours de nombreuses luttes au sein des 600 millions de prolétaires ruraux, a tenu des assises publiques de grande dimension pour tirer aux yeux de tous le bilan de son expérience malheureuse. Il en a conclu qu’il ne se plierait plus aux jeux institutionnels en affirmant, devant tous, l’engagement d’une voie révolutionnaire. À l’heure actuelle, le SKM est l’un des plus grands « partis » prolétariens du monde.

Le 26 novembre 2022, ce nouveau SKM appelait à une journée nationale de blocage de tous les gouvernorats du pays. La journée fut très suivie, avec la mobilisation de cinq millions de paysans et, derrière eux, de toute une foule d’ouvriers, de jeunes, de féministes, d’étudiants, de membres de tribus et de basses castes, qui suivirent. Les sièges des gouverneurs de 25 État indiens (sur 28) ont été bloqués afin d’obtenir une garantie par l’État du prix de vente des produits agricoles au double du prix du marché, soit une sorte de Smic paysan que Modi avait promis (sans garantie) de préserver fin novembre 2021. Cette revendication considérable changerait la vie de 600 millions de paysans et prolétaires ruraux, et par là même la physionomie de tout le pays, voire de l’Asie du sud tant l’application de cette mesure aurait valeur d’exemple. Cependant, elle suppose d’obtenir un rapport de force révolutionnaire. Elle n’est d’ailleurs pas nouvelle puisqu’elle était déjà au programme du soulèvement paysan indien de 2020-2021 (Cf. Le mouvement paysan indien (2020 à aujourd’hui)). Cette aspiration à l’autonomie trouve même son origine dans la lutte pour l’indépendance de l’Inde. Effectivement, elle est en partie assignable à la révolution gandhiste des années 1940 qui n’a politiquement jamais abouti, malgré quelques pas en ce sens. Ces quelques pas, bien que modestes, ont toutefois donné la configuration actuelle du rapport de force en Inde. En même temps, tout en s’inscrivant dans l’héritage historique du pays, cette perspective du salaire paysan est totalement nouvelle dans sa forme, parce qu’au lieu d’être posée comme une simple décoration pour désigner un horizon lointain aux côtés de la principale revendication de l’an passé qui était l’abandon par le gouvernement de trois lois anti-paysannes, elle est aujourd’hui la principale revendication. En d’autres termes, la révolution est au programme du mouvement paysan.

L’une des estrades des paysans à Singhu, à la frontière Delhi-Haryana. (Photo par Madhuresh Kumar)

Après la réussite de la journée du 29 novembre, le SKM a appelé à une Assemblée Générale nationale le 8 décembre prochain. L’enjeu est de décider des formes de la suite à donner au mouvement. Sera, entre autres propositions, discuté la possibilité de bloquer Delhi, comme l’an passé, mais aussi toutes les grandes villes du pays. Quoi qu’il se décide, le SKM a mis la préparation concrète de la révolution à l’ordre du jour d’une réunion de démocratie directe sous le contrôle de millions de prolétaires parmi les plus combatifs du moment et aux yeux de tout le pays : 1,4 milliard d’habitants. Du jamais vu !

Le SKM indien, ainsi que les HKP et PTM pakistanais, ont donc inscrit un programme subversif et radical à l’ordre du jour d’une montée massive des luttes populaires sur lesquelles ils ont une influence certaine.

Nous ne sommes plus en 2020-2021. Nous avons franchi une étape importante.

EN CHINE

D’une certaine manière, la Chine se fait aussi la caisse de résonance de ces dynamiques populaires puisqu’elle connaît actuellement des révoltes jamais vues depuis la fin des années 1980. On ne sait pas si ces mouvements vont durer, mais leur ampleur, car ils touchent tout le pays et différentes catégories sociales, témoigne d’une colère souterraine profonde qui gronde et monte. Une colère extrêmement politique. Ainsi, on a pu voir germer des slogans comme « Xi démission » dans certaines manifestations, et ce juste après la tenue du dernier Congrès ayant reconduit Xi Jinping à la tête de l’État18.

Ces révoltes sont en fait des réponses politiques à la fuite en avant du régime face au mécontentement social qui se généralise.

Des milliers de travailleurs quittent le travail chez Foxconn, à Zhengzhou, dans la province du Henan (centre de la Chine), le 15 septembre 2021. (Photo de Zhou Bo / Imaginechina via AFP)

Le 19 novembre 2022, les ouvriers de l’usine géante Foxconn, à Zhengzhou, se sont révoltés contre leurs conditions de travail aggravées par les restrictions de la politique Zéro-Covid19. Cette usine de fabrication des Iphone d’Apple n’est pas n’importe laquelle puisqu’elle compte 200 000 ouvriers déclarés, mais peut-être autant de travailleurs non déclarés. Ce sont les mingongs, c’est-à-dire des ouvriers chinois de la campagne dépourvus du sésame de l’autorisation de se déplacer, le Hukou. Ils sont donc sans droits, dans l’impossibilité de se loger, d’accéder à l’école ou à l’hôpital. Enfermés par un confinement restrictif contre le covid dans leurs dortoirs où s’entassent jusqu’à dix individus sur dix mètres carrés, des milliers d’ouvriers ont commencé à fuir l’usine. Ce sont ensuite des dizaines de milliers d’autres qui ont brisé les barrières de l’entreprise pour se confronter à la police et obtenir leur liberté de circulation, en même temps que des hausses des salaires, ainsi que la prime qu’on leur refusait.

Dans la foulée, à Urumqi, capitale du Xinjiang / Turkistan oriental, un incendie qui provoqua la mort de nombreuses personnes, dont des enfants, pour la plupart d’origine ouïgour, déclencha une vague de mécontentement. Ce drame a eu lieu alors que les victimes étaient littéralement enfermées à l’intérieur de leurs appartements, et ce depuis trois mois, dans le cadre de la politique de confinement Zéro-Covid du gouvernement chinois. C’est pourquoi les protestations ont pris un tour politique contre la dictature et se sont généralisées partout en Chine dès le 26 novembre20.

Les révoltes contre les restrictions des libertés par les confinements anti-covid se sont vite propagées. Elles ont touché une cinquantaine de villes importantes en Chine, dont Beijing (Pékin), Shanghai, Guangzhou (Canton), Nanjing (Nankin), Wuhan, etc. Tandis que, à l’heure ou j’écris ces lignes (le 30 novembre), 83 universités demandent « la démocratie, l’État de droit et la liberté d’expression ». À Shangaï et Beijing les manifestants criaient « À bas le PCC , à bas Xi Jinping»21.

Travailleurs de Foxconn protestant contre les conditions de travail imposées par le gouvernement, à Zhengzhou, le 23 novelmbre 2022 (Photo d’un travailleur)

Au-delà du covid et des circonstances qui leur ont donné naissance, ces révoltes répondent explicitement à ce qui vient de se passer au vingtième congrès du Parti Communiste Chinois s’étant tenu du 16 au 22 octobre 2022.

De fait, la mainmise du PCC sur la société est totale. De la vie intérieure du parti en passant par la politique nationale et internationale du pays, la gestion des services d’État, la composition du gouvernement, jusqu’aux orientations économiques, rien ne lui échappe. Ses dirigeants sont le plus souvent les grands patrons de l’industrie chinoise et les transitions au sommet de l’appareil du parti, se faisant sans aucun processus démocratique, sont toujours problématiques et sujettes à l’expression publique de tensions politiques et sociales accumulées pendant des années. Cette situation a toujours mené à des explosions populaires monumentales jusqu’à la fin des années 1980, et un peu moins importantes ensuite. En fait, avec la formidable progression du PIB chinois à deux chiffres depuis la fin des années 2000 et le règne de Xi Jinping depuis 2013, le pays n’avait pas connu de soubresauts sociaux de cette dimension.

Aujourd’hui, l’économie tourne au ralenti. Le passage à une croissance plus lente et une progression du PIB qu’on estime inférieure à 3%, mais aussi les signes de mécontentement de la population, font place à la possibilité de puissants soulèvements. Il faut dire que ce pays n’a plus grand chose à voir avec celui des années 1960 à 1980 : plus de cent villes de plus d’ un million d’habitants parsèment le territoire, la classe ouvrière compte près de huit cents millions d’individus, les étudiants représentent 50 millions de personnes, alors que la jeunesse scolarisée avoisine les 300 millions. Enfin, internet et des contradictions extrêmement vives entre les aspirations d’une société civile en train de s’enrichir et une direction du pays toujours plus figée, favorisent la remise en cause du pouvoir. Les grèves et luttes de 2018 avaient été les premières semonces. Elles ont ressurgi avec la tension qui dominait dans les universités à l’approche du XXe Congrès. Celui-ci précédait en effet de peu le jugement d’un des principaux animateurs des révoltes de 2018 (jugement du 25 novembre). Sur le fond, la politique Zéro-Covid avait déjà donné lieu à plusieurs protestations d’une certaine ampleur22.

Manifestation contre la politique Zéro-Covid à Pékin, le 27 novembre 2022. (Kevin Frayer Getty Images)

D’autres évènements sont à rapporter. Ainsi, une autre évasion massive préfigurant Foxconn avait été tentée par des visiteurs au Disneyland de Shanghai qui avait été placé, deux fois cette année, sous verrouillage instantané à cause du covid23. Surtout, des révoltes à proprement parler ont eu lieu dans la ville de Shangaï où un verrouillage de deux mois avait provoqué une vague de colère massive au printemps. Des protestations d’étudiants et de citoyens à Guangzhou, de même que de grandes manifestations dans la capitale tibétaine de Lhassa ont été observées. Celles-ci sont importantes de par ce qu’il se passe dans le Xinjiang mitoyen des Ouïghours. Car au Tibet comme au Xinjiang, les protestataires contre les restrictions de Covid n’étaient ni tibétains, ni ouïgours de souche. Il s’agissait de migrants chinois Han – dans ce cas solidaires des Ouïgours victimes des incendies – installés par le pouvoir pour coloniser la région. Il faut aussi noter que Urumqi, la capitale du Xinjiang, est en confinement total depuis août et que des personnes y sont mortes à cause du désinfectant pulvérisé dans leurs maisons par les forces de l’ordre. De nombreux conflits y ont donc été recensés, et avec une grande solidarité entre Han et Ouïghours24.

Fin septembre 2022, 27 passagers d’un bus en comptant 47 sont morts à deux heures du matin suite à une sortie de route. Ils faisaient partis de ces déplacés de force devant être transportés de la ville de Guiyang (capitale de la province de Guizhou, à l’est de la province frontalière du Yunnan) vers une installation de quarantaine anti-covid éloignée25. Cet accident avait provoqué un tollé à travers le pays. « Nous sommes tous dans ce bus » est devenu le slogan de protestation sur les réseaux sociaux, dévoilant l’exaspération montante dans la population.

Le congrès du PCC était donc attendu par la population qui percevait les décisions devant être prises comme des réponses aux mécontentements : annoncerait-on un relâchement de la politique répressive justifiée par le covid ? Craignant l’explosion sociale, le Congrès s’est concentré sur le sujet de la politique ultra répressive du Zéro-Covid. Celle-ci a bien sûr d’autres objectifs que ceux liés à la préservation de la santé des citoyens chinois. Or, Xi Jingping, par son coup de force marginalisant l’opposition interne au parti qui souhaitait un relâchement du dispositif, a centralisé encore un peu plus le pouvoir. Et d’un régime autoritaire chapeauté par un comité centralisé, le pays est passé à une forme de régime autocratique ne laissant place qu’à une sorte d’empereur. Ce qui signifie concrètement l’accroissement de la répression et le renforcement d’un État de surveillance numérique ayant pourtant déjà dépassé le pire des mondes imaginé par Orwell. Le tout combiné à un nationalisme militariste appuyé par une propagande permanente sous-tendue par la « menace occidentale » et la doctrine de la multipolarité26.

Ces tendances centralisatrices étaient déjà puissantes auparavant. Mais étant donné le contexte de mutation de l’économie chinoise et d’instabilité de certains de ses secteurs clés, notamment l’immobilier ou les hautes technologies peinant à s’approvisionner en composants27, la position de Xi Jingping s’est retrouvée grandement affaiblie. En réalité, la montée de la puissance de cet autocrate au sein des organes de l’État et du PCC montre bien que les intérêts du système capitaliste dans son ensemble exigent un régime encore plus rigide et violent pour contenir les vagues de luttes populaires. Depuis le congrès, 28 villes et 207 millions de personnes ont été contraintes à un confinement total, accompagné par une restriction de l’accès aux réseaux sociaux pour limiter tout contact malgré la distance.

Les militants disparus font partie du groupe Jasic Workers Solidarity qui soutenait les travailleurs tentant de se syndiquer à Jasic Technology, basé à Shenzhen. (Photo – Reuters)

Ce resserrement a logiquement été vécu par le peuple comme une injustice à laquelle il a répondu par les explosions sociales de ces dernières semaines.

Les étudiants de 83 universités ont fini par entrer en lutte parce que le syndicaliste révolutionnaire Chai Xiaoming a passé près de quatre ans en prison dans l’attente de sa condamnation pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État » en 201828. Il devait être jugé le vendredi 25 novembre. Mais son cas n’est que le dernier et le plus visible d’une intensification de la répression qui frappe toute la dissidence à la gauche du régime. Cette répression est le signe de la crainte du pouvoir face à la contagion et à la possible convergence entre les étudiants et ouvriers mobilisés. La censure totale en Chine rend difficile l’estimation de la force de cette nouvelle gauche, cependant la violence émanant de la peur du pouvoir est un instrument de mesure.

Chai Xiaoming était l’un des rédacteurs de Red Reference, un site Web à tendance maoïste sincère, qui a joué un rôle de premier plan dans la lutte de 2018 pour établir un syndicat indépendant à l’usine Jasic, dans la ville de Shenzhen29. La grève à Jasic est devenue une cause largement suivie par les jeunes et les étudiants de gauche dans toute la Chine, dont certains se sont rendus à Shenzhen pour prendre activement part à la lutte. Une partie de la jeunesse a su, par là, montrer sa volonté de reprendre le flambeau. Ce mouvement, dont l’objectif était l’alliance entre étudiants et ouvriers pour tenter de former une organisation de classe indépendante, a fait extrêmement peur aux autorités qui ont décidé de frapper fort. De nombreux lynchages ont eu lieu, de même que des licenciements, ainsi que plus de 110 arrestations, alors que presque le même nombre d’étudiants ont été portés « disparus ». La propagande du PCC affirmait que les militants de Jasic étaient « manipulés par des forces étrangères » occidentales. La même accusation est d’ailleurs portée à l’encontre des féministes, des militants LGBTQ ou des militants des droits nationaux qui surgissent un peu partout au même moment. En somme, un gouffre se creuse entre le pouvoir qui s’ossifie et la société civile qui s’enrichit et aspire à de plus en plus de libertés.

Manifestation du mouvement de protection Patchoune au Pakistan, dans la ville de Peshawar, le 8 avril 2018.

Le procès contre Chai Xiaoming est une tentative de faire oublier par la terreur les révoltes de 2018 et d’intimider l’activisme politique actuel anti-PCC, de même que les protestations des étudiants chinois à l’étranger qui ne cessent de s’intensifier. Cela s’est vu tout récemment en Chine le 13 octobre 2022, sur le pont de Sitong à Pékin, lorsqu’un manifestant solitaire, Peng Lifa, a osé déployer des banderoles anti-Xi Jingping qui réclamaient des droits démocratiques. Et ce à la veille de l’ouverture du XXe Congrès du PCC30. Depuis, des affiches de solidarité ont été placardées aux murs de dizaines de campus universitaires à travers le monde par des étudiants qui ont dû fuir le régime. Ces affiches exigent la libération de Peng et soutiennent son appel à mettre fin à la dictature. Ce qui a certainement eu un écho dans la jeunesse étudiante et ouvrière chinoise, toujours particulièrement remuante et dont les mobilisations actuelles en sont probablement l’expression.

Ainsi, dans ce pays à la répression féroce, les soulèvements populaires ouvriers et étudiants qui ont surgi ces derniers jours, en même temps que les procès de révolutionnaires, traduisent les mêmes tendances de fond hautement politiques et subversives qu’on a pu voir apparaître avec les SKM, HKP et PTM en Inde et au Pakistan. Toutes ces organisations ne sont probablement que le début d’un processus de fond qui pose déjà bien des problèmes à l’ordre établi.

Jacques Chastaing

Carte 1
Carte 2

Notes de la rédaction :

L’archéologie que nous construisons

L’archéologie que nous construisons

Proposition d’orientation à l’adresse de la profession et des autres secteurs

Ce texte a été rédigé par des membres des Groupes Archéo en Lutte (GAEL) durant le premier confinement ayant duré du 17 mars au 11 mai 2020. Dans le sillage de cette réflexion générale, les revendications qui suivent ont quant à elles été formulées lors de la première rencontre d’été des groupes, en août 2021. Le but était de dessiner un horizon au présent que nous vivons et qui manque cruellement d’une proposition sur laquelle fonder notre action.

Affaiblie, l’archéologie est dans le collimateur des géants du BTP soutenus par l’État, comme des potentats locaux, promoteurs et hommes politiques. Déjà, le décret du 8 avril 2020, donnant aux préfets les pleins pouvoirs relatifs en matière d’aménagement du territoire dans le cadre du plan de relance, avait été rude. Entre-temps, la réduction de moitié du budget des fouilles programmées, ces fouilles-écoles indispensables à la formation des archéologues, a condamné des chantiers (Cf. Communiqué du 22 février 2022). Durant ces vacances ce fut encore la tentative de déstabiliser le cadre légal des opérations préventives (interventions archéologiques avant construction), soit le pivot professionnel de l’archéologie, par une loi de dérogations ambiguë. Celle-ci sous-entendait que les diagnostics préliminaires ne sont pas essentiels. Cette mesure a été retirée, mais l’attaque a été frontale.

Pour ce qui est des droits au salaire, ils s’amenuisent à mesure que le gouvernement monopolise la vie publique et que l’individualisme concurrentiel progresse. Les attaques contre les droits sociaux et les solidarités se poursuivent. Une nouvelle réforme de l’assurance-chômage risque encore d’ajouter des restrictions aux restrictions et de faire drastiquement baisser nos prestations (déjà fortement impactées, parfois de moitié pour les nouveaux entrants). La réforme des retraites revient sur le billard pour faire travailler plus longtemps. Enfin, le RSA va perdre son inconditionnalité : d’ici 2024, il faudrait travailler entre 15h et 20h pour y être éligible. Le tout alors que l’inflation, à peine contenue, atteint en France les 6 % et que l’augmentation des profits ne signe pas la fin de l’abondance pour les monopoles1.

Dans ce contexte, l’ébauche suivante peut servir de base de réflexion au développement de grands principes collectifs. Contre la raison instrumentale et gestionnaire constamment à nos trousses, l’enjeu est le même partout : trouver le moyen d’exprimer la souveraineté des producteurs sur leur travail.

L’archéologie que nous construisons est une archéologie qui réfléchit aux identités et aux modèles sociaux pour contribuer à l’émulation critique.

Celle qui tend au dépassement des préjugés de notre modernité se concevant comme unique et absolue : absolument indépassable. Nous faisons à l’inverse l’expérience de la discontinuité par nos travaux de fouilleurs et de chercheurs. Ils nous permettent d’affirmer que non, le progrès n’est pas continu, mais soumis à des flux et des reflux. La seule constante est celle de l’événement qui surgit et déstabilise, parfois reconfigure en profondeur lorsque les gens s’en saisissent collectivement. D’ailleurs, si nos vies se déroulent de manière si peu linéaire, comment pourrait-il en être autrement de l’Histoire ? Notre discipline, étudiant les vestiges matériels des sociétés, disparues ou non, se doit de contribuer à une pensée active et engagée sous peine de se dénaturer, de se désagréger dans une science de la neutralité neutralisée. Elle est en effet par essence une science de partis pris et d’expérimentations s’étant inventée dans l’adversité, face à ces mêmes pouvoirs politiques et économiques détruisant lien social et patrimoine avec une férocité renouvelée.

Exploitation forestière en marge de vestiges archéologiques. Alentours de Rothau, Bas-Rhin, été 2021. Photo, Alaoui O.

L’archéologie souhaitée est une archéologie qui se situe à l’opposé de la glorification du passé et des intérêts purement économiques accentuant inégalités de richesse et de pouvoir : des romans nationaux reconstruisant une grande histoire partagée par toute la population sous le prisme de l’union sacrée, au processus de domination des hommes sur les femmes s’adossant à des présupposés biologiques et culturels universalistes erronés, confinant au fatalisme, au vu de la richesse des exemples ethnographiques et historiques à notre disposition. Notre discipline est aussi capable de remettre en cause la vision essentialiste des origines ethniques justifiant tous les fantasmes identitaires d’homogénéité raciale prenant corps dans des politiques excluantes, discriminantes et ségrégationnistes, que le confinement a rendu encore plus visibles2. Notre discipline est encore capable de réduire à une simple expression contingente les limites imposées par les frontières comme cadre spatial et mental indépassable et indispensable. Alors même que l’humanité a pris forme par d’imposants mouvements migratoires, ce schéma de partition du territoire paraît dérisoire à l’échelle de l’histoire.

Ainsi, comme les réponses à ces enjeux sociétaux, la réponse à la crise sanitaire aurait pu tirer des leçons d’une myriade d’études fiables s’intéressant aux stratégies de survivance et d’adaptation des populations et des civilisations passées.

Une archéologie rigoureuse et transparente dans la collecte des données, et honnête dans ses démonstrations.

C’est-à-dire qui se laisse du temps pour critiquer, raconter et dialoguer, et non simplement « communiquer » et « récolter » durant des rencontres convenues et bien souvent verrouillées par des protocoles. Ceci implique de tisser du lien dans des dynamiques de coopération et de partage, bien au-delà des logiques privatives3 et des limites supposées de la discipline. L’époque que nous vivons semble décisive, pleine d’écueils et de possibilités.

Parmi elles se trouve l’horizon d’une archéologie comme l’un des points de jonction des sciences humaines et sociales. Notre petit monde est à la fois pris dans les rapports de force politiques de l’aménagement (habitation, transport, énergie, industrie, etc.) (Cf. Misères de l’archéologie), dans l’engrenage des évolutions techniques et scientifiques, mais aussi des grands champs de réflexion animant nos sociétés. C’est pourquoi les archéologues ont besoin d’à peu près toutes les disciplines pour analyser et interpréter ce qu’ils mettent au jour, contribuant ainsi à une anthropologie intégrale posant la nécessité de la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel.

Ossements de faune fraichement déterrés. Bas-Rhin. Photo, François Magar

La crise sanitaire dont nous sortons à peine a par exemple été prétexte à la privatisation de l’espace public. Le décret du 8 avril 2020 (2020-412) permet aux préfets de passer au-dessus des différents codes en vigueur (Construction, Urbanisme, Environnement, Patrimoine…) qui, jusque-là, garantissaient le contrôle du territoire par la puissance publique censée nous représenter. Le plan de relance économique condamne de fait ce qui est considéré comme des « contraintes administratives » par les politiques et les aménageurs, notamment celles de l’archéologie. Cette mesure accentue encore la rupture anthropologique, symbolique et matérielle, entre nature et civilisation que nous connaissons depuis l’amorce de l’ère marchande et industrielle. Celle-ci, qui fait force de loi, se développe sous le règne d’une technique mise au service d’un travail mort où la machine remplace progressivement l’humain par souci d’économie, réduisant la valeur de ce qui est produit.

Cette logique, qui fait désormais irruption dans tous les aspects de nos vies, considère que tout est potentiellement matière première à exploiter, à moindre coût et pour un maximum de rendement. Elle met aujourd’hui en péril jusqu’à l’espèce qui l’a systématisée. L’archéologie, par son recul temporel unique, ne peut plus se contenter d’accompagner et d’entretenir cet état de fait comme une chose allant de soi. Elle ne peut plus se contenter de déblayer passivement, à un rythme qui ne permet pas même un travail scientifique de qualité, les terrains confisqués par les grands groupes au nom de projets de lotissements bétonnés et de zones industrielles vidant villes et villages de leurs producteurs.

Une archéologie qui fonde sa pratique sur des principes égalitaires et démocratiques tout aussi rigoureusement appliqués que ses méthodes scientifiques.

C’est-à-dire une archéologie réellement tournée vers la société, transmettant données, connaissances et méthodes, y compris à l’échelle locale. Car c’est aussi à ces niveaux, à ces plus fins niveaux de proximité, que toutes les spécificités d’un travail peuvent être saisies et mises en valeur. Après avoir appliqué la bonne démarche scientifique, nécessitant retrait, discours raisonné et argumenté4, il s’agit en effet du second défi du chercheur, de la seconde étape (indissociable de la première) de sa responsabilité : accompagner le cheminement de sa production au sein de la société. Un engagement qui évite bien des instrumentalisations ainsi que l’écueil de l’expert en surplomb. Le scientifique toisant de son promontoire de savoir la collectivité.

Le contenu pédagogique doit permettre, par sa forme, d’alimenter cet élan de curiosité qui est le moteur de notre démarche et l’un des fondements de ce qui n’est pour nous pas réductible à un emploi, mais qui s’exprime en une véritable passion. Actuellement, nous ne pouvons plus nous contenter de journées portes ouvertes nationales servant de cache-misère et, même indirectement, de vitrine commerciale à des entreprises cherchant à se placer sur le « marché du patrimoine » (depuis l’ouverture à la concurrence en 2003). Celles-ci ne suffisent en rien et ne permettent sans doute pas une compréhension active (celle qui modifie son rapport au monde) de la part du public. Elles se placent de plus en plus du côté du divertissement culturel.

Prospection dans le cadre des activités d’une association locale d’archéologie. Bas-Rhin. Photo, François Magar

Les institutions n’ayant plus la capacité de s’ouvrir largement à la société, asphyxiées et asséchées par les logiques managériales et concurrentielles, à l’instar de l’Université, d’autres cadres doivent être investis et développés pour inverser la tendance. Partout nous devons prendre une position claire contre les arguments d’autorité émanant de grandes figures, le plus souvent masculines, qu’on ne pourrait remettre en cause du haut de leur statut d’expert. Nous l’avons constaté durant le confinement, l’aura d’une carrière médiatique et des publications nombreuses prennent le pas sur le fond ; le discours polémique sur le débat argumenté. Ce principe démocratique peut être facilité par le cadre qu’offre l‘association, et ses multiples variantes, ayant largement contribué à l’ancrage vivant de notre discipline auprès d’un public demandeur. C’est cette forme, la plus inclusive existante, qui est pourtant en difficulté par manque de financements, de reconnaissance et de temps d’engagement nécessaire à leurs acteurs.

En réalité, notre discipline porte en germe les fondements permettant de dépasser les clivages sociaux d’un monde, accumulateur et genré, qui montre plus que jamais ses limites. Et pour cause, elle permet de parler historiquement des antagonismes, tout en s’y confrontant au présent : villes/campagnes, exécutants/concepteurs, institutions/société, écologie/économie, homme/femme, etc. Sa force réside bien en ce qu’elle est à la fois du côté de la conscience historique et du vécu le plus pragmatique.

Une archéologie qui doit donc former des archéologues capables d’une prise de recul historique et spatiale, mais encore de remettre en cause l’organisation du travail à partir de leur vécu et de leurs besoins concrets.

L’archéologie étant par nature à la croisée des disciplines et des pratiques, son enseignement gagnerait à s’ouvrir largement aux autres disciplines. Elle permettrait à l’étudiant de pratiquer le dialogue dans la recherche avant même d’exercer le métier, et ainsi d’éveiller sa capacité critique pour juguler une passivité endémique à notre mode de vie. En outre, l’enseignement universitaire permettrait d’explorer l’archéologie dans toute son application actuelle par le biais des associations, acteurs incontournables sur le terrain, des fouilles programmées et de l’archéologie préventive. L’étude de la culture matérielle nécessitant une approche de l’enseignement par la technique, systématiser les échanges avec des associations de reconstitution et des artisans offrirait une connaissance approfondie des processus de production d’un objet et de ses modes d’utilisation. Dans cet enseignement, la séparation entre filières professionnalisantes et filières consacrées à la recherche n’aurait plus lieu d’être : l’archéologue exercerait à nouveau un métier complet, à la fois pratique et intellectuel.

Dans son application actuelle, notre monde, en tant que discipline à cheval entre le BTP et la recherche, est un microcosme représentatif du niveau de dégradation de nos sociétés. L’archéologie préventive notamment, opérant en amont des chantiers, est particulièrement soumise à la pression des impératifs économiques et politiques qui instaurent le conflit d’intérêts comme système5 : le donneur d’ordre, également garant de la qualité scientifique des chantiers, se trouve dans une situation d’entre-deux déséquilibrée. Il est évident que l’analyse scientifique qui conduit aux prescriptions archéologiques devrait être exercée dans un cadre indépendant du dispositif administratif actuel. Elle offrirait alors une version d’analyse véritablement libre, totalement dégagée des intérêts du pouvoir et du temps économique pressurant la recherche de terrain.

La perte de sens dans le travail prend donc racine dans ce rapport de force souvent défavorable6 qui conduit à une vision partielle des sites étudiés. Mais elle réside également dans la division des tâches nuisant à la qualité scientifique d’un travail qui, devenu répétitif, finit par être accompli sans passion par des « techniciens de fouille ». Alors que le fouilleur, comme tout chercheur, se doit de comprendre ce qu’il fait et pourquoi, au nom de quoi et pour qui, il est de plus en plus utilisé comme simple exécutant, qui plus est, embauché sur de courtes périodes (en CDD ou en intérim) en fonction des besoins générés par le rythme de l’aménagement.

Relevé de fouille dans le cadre d’une thèse universitaire. Bas-Rhin. Photo, François Magar

La fin de ces catégories de statut (fouilleur/chercheur) et de contrat (précaire/stable) permettrait de remettre en cause la division du travail séparant métiers manuels et intellectuels, là ou l’archéologie se veut totale dans sa pratique. Et par là de lutter structurellement contre les inégalités de condition et le phénomène de lassitude, voire d’abandon, notamment causé par les effets délétères (physiques et psychologiques) de la répétition fordiste des gestes.

Enfin, la lutte conséquente contre le machisme, omniprésent sur les chantiers et à l’Université des potentats où l’omerta règne, commence par des situations salariales stables et protégées, qui permettent une réelle implication des personnes pour leurs droits, sans crainte de sanctions, particulièrement celles s’effectuant clandestinement. Sans ce changement, tous les efforts pour juguler ces attitudes seront au mieux, vains, au pire, simples postures ou stratégies de communication.

Car la question est comment renouer avec la possibilité de bien faire des choses pertinentes ?

Actuellement, l’organisation du travail transforme une situation où, a priori, nous aimerions œuvrer rigoureusement à notre métier, en impasse, tant nous sommes privés des conditions pour bien faire. Ce qui n’est absolument pas spécifique à notre secteur. Chercheurs, enseignants, soignants, cadres et ingénieurs désertent pour cause de mauvaise rémunération, mais surtout en raison de conditions de réalisation tellement saccagées, qu’il leur devient impossible d’entretenir l’envie d’œuvrer aux tâches qu’ils devraient pourtant pouvoir réaliser avec passion et engagement. La « crise des vocations » se généralise et découle de ce qu’il est intolérable de soigner au chronomètre, de concevoir de l’inutile, d’enseigner n’importe quoi ou de fouiller n’importe comment. Qui plus est en sous-effectif et pour si peu de valorisation sociale.

Une archéologie viable serait en définitive une archéologie basée sur le rythme de la maturation des idées, de l’imprévu des découvertes et du repos des corps.

Ce qui induit que nous devons être les organisateurs de nos métiers, sans contremaîtres ni trame hiérarchique, si ce n’est d’expérience, afin de libérer du temps salarial pour étudier (d’autres disciplines), pratiquer (d’autres formes de connaissance), se tourner vers des activités sociales ou militantes (enseignement, sport, associations, syndicalisme, etc.), et développer sa singularité en toute intimité (familiale notamment). Un temps partiel en temps complet qu’il faut souhaiter à toute la société, appelant la garantie d’un salaire lié à la personne comme droit politique. Une rémunération qui serait donc détachée du poste (auquel l’emploi nous assigne), toujours soumis à l’arbitraire d’un marché faussé par la logique de la course aux profits (ce qu’ils appellent l’offre et la demande).

D’où la nécessité de défendre, d’améliorer et d’étendre le statut de fonctionnaire, la logique du salaire continué de l’assurance-chômage, des retraites et de l’intermittence ou, plus globalement, du régime général de la Sécurité sociale. Autant d’institutions du travail édifiées par le mouvement social et qui portent en germe la logique de la richesse socialisée gérée par les premiers concernés : les citoyens-producteurs. Cette logique permet en effet d’envisager un système basé sur la subvention et un salaire détachés des aléas du marché, du diktat des financeurs et de l’arbitraire patronal7.

Fouille dans le cadre des activités d’un association locale d’archéologie. Bas-Rhin. Photo, François Magar

Si nous adhérons à cette vision du travail où la valeur est contenue dans l’acte en lui-même, dans le fait de faire, de mettre en œuvre, les stages en fouilles programmées, parfois payants, toujours non rémunérés, doivent être revus (Cf. Communiqué du 22 février 2022). Pourtant obligatoires dès la deuxième année de licence, ils aggravent la précarité étudiante en plus d’instituer l’idée que l’archéologie, c’est ça : du bénévolat au service d’une science de plus en plus privatisée. Une colonie pédagogique où l’exploitation est normalisée et justifiée par la catégorie « job passion ». En l’état, génération après génération, ils distillent insensiblement un réflexe de servilité par une situation donnée comme toute naturelle. Oui, vous, futurs adultes indépendants, citoyens critiques, scientifiques et chercheurs, devez sacrifier vos mois d’été que les bourses ne couvrent pas (39 % des étudiants sont boursiers, 40 % travaillent), et vous faire à l’idée que vous ne pourrez pas travailler parce que vos stages obligatoires vous l’imposent. Des stages cher payés qui, à la fin de votre cursus (avec entre trois et dix ans d’études au compteur), débouchent sur une décennie de CDD à la volée !

Fouille dans le cadre des activités d’un association locale d’archéologie. Bas-Rhin. Photo, François Magar

L’archéologie n’a décidément pas à être cette épreuve de force.

Par les potentialités rénovatrices que porte l’archéologie, cette science sociale et politique capable de remettre en cause les dogmes de l’éternel ou de l’immuable justifiant exploitations et dominations toujours construites, nous nous engageons à poser les jalons d’un travail libéré, conforme à nos aspirations et à nos besoins. Nous nous engageons aussi à repenser collectivement l’ensemble de nos institutions sociales, politiques et économiques aux côtés des autres secteurs.

Conscients du désastre de la civilisation capitaliste, nous appelons chacun et chacune à rallier les luttes susceptibles de contribuer à la constitution d’un rapport de force social conséquent. Nous encourageons également à rejoindre, chacun à son échelle, toutes les initiatives permettant d’avancer vers la formulation d’une proposition commune désirable dans la perspective de rompre avec le mode de production ayant mené aux crises environnementales, sociales et démocratiques qui menacent aujourd’hui nos conditions d’existence.

Des propositions comme boussole

L’objectif des Groupes Archéo En Lutte est de produire des réflexions collectives à même de guider notre action au sein des secteurs de l’archéologie (Cf. Plateforme de revendications provisoires). Nous nous sommes mis d’accord sur plusieurs axes revendicatifs nous paraissant essentiels afin de constituer un horizon commun à nos luttes. Plutôt que de rester cantonné à des revendications défensives contre la dégradation des conquêtes sociales, l’objectif est de se livrer à la discussion d’un contre-modèle à ce qui nous est imposé, à savoir l’individualisation de nos parcours dans le cadre de la concurrence économique libérale : les petits contrats au lance-pierre (CDD, CDI chantiers, contrat de projet), le statut d’auto-entrepreneur, la disparition programmée de la protection sociale.

1. Élaborer une sécurité sociale adaptée à notre métier sous la forme d’un salaire continué inspiré du régime de l’intermittence/assurance-chômage, mais débarrassée des normes libérales injectées par les contre-réformes successives de ces dernières décennies (un quota d’heures à faire dans le mois, le contrôle des parcours par le système des cachets, la limitation des indemnités dans le temps pour forcer à la reprise (comme si elle dépendait des bénéficiaires) …). Cela permettrait aux CDD, par leurs cotisations, de libérer du temps pour publier, communiquer, participer à des projets associatifs ou de médiation, penser à l’organisation de la discipline, défendre leurs conditions de travail ou simplement s’investir ailleurs (dans d’autres domaines). L’enjeu est de libérer les archéologues de la pression d’une organisation du travail en flux tendu en validant tout le travail non reconnu par les normes du marché de l’emploi et pourtant nécessaire au bon fonctionnement de notre métier, à l’entretien de notre passion et à l’équilibre de nos vies.

2. Pour cela, nous devons nous appuyer sur un fonds national et interprofessionnel destiné à l’archéologie et au patrimoine. Il prendrait la forme de caisses d’investissement et de salaires. Celles-ci seraient gérées par nos représentants (des archéologues, des conservateurs, etc.), en lien avec les aménageurs, sur le modèle de l’Unédic de 1946. Plusieurs options, possiblement complémentaires, pourraient permettre d’alimenter ces caisses : un taux de cotisation indexé sur les profits des grandes boîtes du BTP (dernier chiffre d’affaire de Vinci  : 43 milliards), une forme d’assurance pour les aménageurs ou un impôt, qui serait d’ailleurs justifié par la destruction systématique du paysage et du patrimoine. Ce système de « salaire continué » et d’investissement par « subvention » (et non pas par prêt bancaire), alimenté par la valeur socialisée dans les caisses patrimoniales, irait dans le sens d’une réelle libération du métier.

La dépendance à l’emploi offert par le privé, tout comme la tutelle d’un État pouvant geler, revoir à la baisse ou licencier en fonction des normes d’austérités (dette et déficit limités par les traités de libre-échange), seraient brisés. La discipline pourrait alors être capable, en toute indépendance scientifique, de développer un ancrage territorial plus serré (via les associations et les communes), de traiter les données dans le cadre de problématiques de recherche élaborées et de manière pérenne, d’édifier de nouveaux cadres et d’expérimenter de nouvelles méthodes. Tout ça sans subir l’arbitraire des fluctuations de l’aménagement.

3. Repenser le statut du « technicien » dont le terme doit être abandonné au profit d’archéologue. Cela passe par la redéfinition des fiches de poste pour chaque niveau d’étude, et que chacun soit pris en compte lors de l’embauche comme base du calcul des salaires.

  • 1 Ce sont 174 milliards de bénéfices pour le CAC 40 en 2021. Entre avril et juin, 544 milliards de dividendes ont été versés à l’échelle mondiale et 44 milliards en France. C’est une augmentation de 33 % au second trimestre pour notre pays. Un taux supérieur à la moyenne européenne. Les profiteurs de guerre sont quant à eux légions : profitant de la hausse des prix de l’énergie, Total a empoché 5,7 milliards de bénéfice au second trimestre, contre 2,2 milliards en 2021. Rappelons que le blocage temporaire des prix à la pompe consiste à réduire les taxes, pas à prendre sur les profits. Alors que l’on sait que l’augmentation de l’énergie (et des prix en général) est le fait de la spéculation (indexation des prix sur ceux du marché), ils continuent à socialiser les pertes quand ça va mal (l’État et les institutions du travail aident les entreprises sans contreparties) mais pas les profits quand tout va bien.
  • 2 Ce genre de traitement était historiquement réservé aux jeunes de banlieues ou aux citoyens mobilisés, notamment depuis la Loi Travail de 2016 qui s’est déroulée sous la loi martiale d’un État d’urgence ayant duré deux années (des attentats de 2015 à novembre 2017). Une étape a été franchie avec le mouvement des Gilets Jaunes dont on sait le niveau de répression subi. Il s’est, avec la pandémie, répandu à toute la société sous la forme de normes hygiénistes largement dictées par des choix politiques et économiques néolibéraux (coupes budgétaires, fermetures de lits, privatisation de la recherche posant un problème de contrôle et de redirection de la production en cas d’urgence, politique visant à favoriser les gros pôles hospitaliers au détriment de la médecine de prévention locale, etc.
  • 3 Souvenons-nous de la Loi Pluriannuelle de la Recherche revendiquée « élitiste et darwinienne » par le président du CNRS, renforçant l’emprise des logiques concurrentielles à l’Université. Malgré la forte opposition de l’hiver 2019-2020 dans le cadre d’un mouvement interprofessionnel contre l’assurance-chômage et la réforme des retraites sabré par le premier confinement, celle-ci fut actée le 24 décembre 2021. Cette période a été marquée par un confinement partiel (limitation des déplacements, des rassemblements, télétravail, couvre-feu, nouvelles fermetures des universités et des lieux culturels, etc.) qui empêchait évidemment toute mobilisation.
  • 4 Règles d’énoncé des hypothèses, d’élaborations et de traitement du corpus, de vérification des données, de rigueur du raisonnement, de confrontation des résultats, de mise en discussion au fur et à mesure de l’avancée ou de la prise en charge des critiques.
  • 5 Quelques mois après la coupe drastique du budget des fouilles-écoles dites programmées, les dérogations de la Loi de Protection du Pouvoir d’Achat (adoptée le 16 août 2022) concernant l’aménagement du territoire, remettaient directement en cause la viabilité de l’archéologie préventive. Ainsi, les « opérations d’archéologie préventive [ne devaient avoir] lieu que si les travaux d’aménagement [étaient] susceptibles d’avoir un impact notable et direct sur le patrimoine ». Ces opérations, si elles n’étaient pas « réalisées dans un délai compatible avec la date de mise en service fixée par le ministère de l’énergie », devaient être « réputées réalisées. ». Voir : https://www.cgt-culture.fr/projet-de-loi-pouvoir-dachat-le-parlement-va-t-il-accorder-un-permis-de-detruire-des-sites-archeologiques-aux-amenageurs-20181/?fbclid=IwAR1XF1Rwrddkb0p-bBRqI_8nHKbROh9HJrJZs9OXAbu6GeS0Fc77GwdpBUU
  • 6 Les scandales liés aux grands aménageurs comme Vinci sont légions. Par exemple, la filiale de Vinci, Arcos, rappelée à l’ordre pour au moins six entraves aux travaux archéologiques, a recouvert, dans une précipitation absolue, un projet de fouille sur le tracé du GCO début 2019, vers Vendenheim. Dans la foulée, la DRAC publie le 26 mars un arrêté annulant la mise en œuvre de la seconde tranche de fouille « considérant que la première tranche des fouilles a permis de récolter les renseignements nécessaires à la compréhension du site. ». Mesure diplomatique pour sauver les apparences, puisqu’il était de toute manière devenu impossible de fouiller en raison des volumes de terre déplacés sur la zone. Source : https://www.rue89strasbourg.com/gco-pres-de-vendenheim-arcos-a-enterre-un-projet-de-fouille-archeologique-juge-necessaire-151572
  • 7 Voir les travaux du réseau salariat et de Bernard Friot sur le salaire à vie et le système des caisses économiques. Puissances du salariat, 1998 (réed. 2021), Un désir de communisme, 2020, & En travail. Conversations sur le communisme, 2022.