Orchidée, premier groupe pop féministe français ?

Orchidée, premier groupe pop féministe français ?

Il y a des films dont on se dit : « ça devrait être montré obligatoirement dans tous les collèges et lycées ! ». L’une chante, l’autre pas (1977) d’ Agnès Varda en fait partie, et à l’heure où le droit à l’ avortement semble plus fragile que jamais, l’histoire de Pomme et Suzanne gagnerait à être contée aux jeunes filles et jeunes hommes qui ignorent peut-être comment les choses se passaient en France il n’y a pas si longtemps.

Suzanne, mère de deux enfants et enceinte d’un troisième, dont l’amant se suicide, doit faire face à un avenir plus qu’incertain. Pauline, Pomme pour les intimes, refuse le modèle que ses parents lui imposent et se sent prête à tous les sacrifices pour gagner son indépendance. De 1962 à 1974 nous suivons le parcours de ces deux amies. Leur quête d’émancipation, les batailles pour leurs droits, les voyages douloureux en Suisse, aux Pays-bas, leurs rencontres avec d’autres femmes, leurs rapports avec les hommes, la maternité, et leur difficulté à faire des choix.

Un film d’une grande beauté où Agnès Varda mêle son expérience à celle des femmes de la période : les années 60 et 70, où le féminisme se conjugue avec la libération sexuelle, les communautés, la contre-culture et la pop musique qui l’accompagne.

Et c’est sur ce terrain pop qu’Agnès nous étonne, en devenant parolière du groupe Orchidée.

Mais qui sont ces Orchidées ?

Elles semblent pousser dans un jardin sonore fabuleux, mais personne n’a l’air de s’en soucier. Si l’on excepte les articles et études sur Varda, et ce film en particulier, elles n’existent pas. Jamais un mot dans la presse spécialisée, pas une ligne dans les livres traitant de la pop française.

Pourquoi personne ne parle d’elles alors qu’elles sont l’un des tout premiers groupes français féminins (il y en a déjà si peu), féministe de surcroît, et que leur musique est une des meilleures qui soit ?

Bon, on connaît le rapport que les français entretiennent avec l’histoire de leur rock et de leur musique pop ; pour eux, c’est les yéyés, Johnny, et ensuite y’a Trust et Téléphone. Une méconnaissance de la réalité musicale de l’époque, voire souvent un obscurantisme snob et assumé de la part de certains spécialistes, qui balayeront tous les arguments mélomanes par l’éternel poncif « de toute façon, le français, ça sonne pas ». Pourtant, à l’écoute d’Orchidée, on se dit que Joni Mitchell, Neil Young ou David Crosby ne les auraient pas virées de leur scène. Elles pratiquaient un folk à la californienne, plein d’harmonies sophistiquées et de mélodies à la fois chaudes et mystérieuses.

Orchidée était originellement constitué de trois membres ; Doudou Greffier, Joëlle Papineau et Micou Papineau. Peu d’informations circulent à leur sujet. Une vidéo où elles interprètent leur morceau titre Orchidée pour la télévision semble la seule preuve de leur existence en dehors du film. 

Dans celui-ci, elles sont un point de force : le personnage de Pomme les rejoindra afin de poursuivre son combat par l’art, le théâtre et la musique. Valérie Mairesse, qui l’incarne, devient alors le quatrième membre d’Orchidée. Sa voix, plus enfantine et un peu moins assurée, ne jure absolument pas dans l’équation. Au contraire, elle rend encore plus palpables les émotions parfois bien douloureuses que la plume du cinquième membre, Agnès elle-même, leur insufflera.
Il ne manquait plus qu’un sixième larron, l’étrange François Wertheimer, sorte de rocker hippie toujours prompt aux expérimentations, pour produire la petite troupe. On peut retrouver l’ambiance de cette vie communautaire dans un docu’ réalisé durant le tournage, et intitulé Quelques femmes bulles.

La B.O. fut commercialisée à la sortie du film, mais n’a rien d’une bande son typique en forme de fourre-tout, ne nous y trompons pas : il s’agit bel et bien de l’unique album d’Orchidée. C’est un trésor caché de l’époque, et seuls le monologue final d’Agnès et l’interlude théâtral en milieu de face A peuvent laisser penser qu’il s’agit d’une musique de film.

Le disque démarre par le titre le plus emblématique et le plus sombre, Amsterdam sur eau, contant le spleen des filles parties en Hollande pour avorter. Les Nanavortées, comme elles se décrivent.

S’ ensuit une clameur de manif’ :

« Nous voulons des enfants désirés !!! », qui introduit le titre Mon corps est à moi : 
« Biologie n'est pas destin, et la loi de papa ne vaut plus rien ».

Et puis vient Je vous salue les Maries :

« Ce que vous fûtes, vierges ou putes,
mater dolorosa, ou marie-couche-toi-là,
quoi qu'on ait dit, souvent médit,
qu'on vous vénère ou vous culbute, 
je vous salue les Maries ! »

La superbe mélodie de Papa Engels et sa juste sentence :

« Il avait raison, papa Engels,
il avait raison, car à la maison
l'homme est le bourgeois
et la femme le prolétariat »

Orchidée se distingue d’autres groupes politisés par son souci constant de qualité mélodique. Si les textes sont puissants et lourds de sens, il n’est pas question de délaisser la beauté et l’harmonie.

Et c’est là leur force : on a affaire à quatre personnes qui ont un réel plaisir à chanter ensemble, un plaisir communicatif. C’est ce qu’Agnès Varda voulait montrer : des femmes qui ont souffert, mais dont le combat n’est pas entaché par l’amertume. Des femmes qui se retrouvent ensemble autour d’une quête d’équilibre et d’amour.

N’étant pas l’œuvre d’une seule, Orchidée personnifie l’idée de sororité comme aucune artiste musicale française ne le fit auparavant (Agnès Varda à la Cinémathèque pour « L’une chante, l’autre pas » (23 janvier 2019)).

Orchidée n’ est pas juste une anecdote de la pop française.

Son existence prouve encore une fois que conjuguer la qualité artistique avec les préoccupations des gens était chose bien réelle en ces années, démarche malheureusement vue de haut par les systèmes commerciaux de l’ époque, qui méprisaient l’idée même de groupe pour privilégier les artistes solo [ndlr : toujours d’actualité]. Non, non, fort heureusement il n’y avait pas que Claude François, et il serait bien triste que les générations actuelles ne connaissent la pop française qu’à travers le miroir déformant de radio Nostalgie.

Avant elles, Colette Magny (Cf. À Chacun selon), Catherine Ribeiro ou encore Anne Sylvestre avaient déjà coincé le pied du féminisme dans la porte de la pop musique. Mais c’est avec Orchidée que l’on entend, pour la première fois en France, des femmes se retrouver ensemble, et créer un disque fort, sans ambiguïté sur le sujet.

Pas d’autres traces de ce groupe météorique ?

Eh bien si. Un tout petit passage, micro-interview pour Antenne 2 lors du Printemps de Bourges 1979. Coincées entre Renaud et Alain Souchon, ça dure trente secondes, mais ça en dit long sur l’époque. Le journaliste les questionne à propos de l’aspect marginal des artistes présents et leur demande si elles sont féministes. Elles s’en défendent, de peur sans doute d’être rangées dans une case ; « Nous on sait pas trop ce que ça veut dire d’être féministe (…) on monte sur scène parce qu’on a envie de jouer, c’ est tout ». Puis répondent avec une certaine malice : « Tu sais, nous en tant que groupe de femmes, on n’a pas vraiment le choix ; ou on nous demande si on est féministes, ou on nous demande si on est homosexuelles ! ».

Caché derrière le titre Bande originale du film d’Agnès Varda, L’une chante , l’autre pas, l’unique album du groupe Orchidée ne sera jamais réédité, quasi absent d’internet, ou alors en très mauvaise qualité.

Existe-t-il des enregistrements inédits ? On aimerait tant en entendre plus !

Espérons que les fanatiques d’obscurités psychédéliques, déterreurs et déterreuses de trésors en tout genre, ou tout simplement des soldats du bon goût et de l’intelligence, s’y intéressent un jour et rendent à cette si belle musique l’éclat qu’elle mérite. Que les artistes d’aujourd’hui reprennent leurs chansons.

Et qui sait, peut être que les lycéennes de demain chanterons Orchidée à la sortie de l’école ?

Tristan Niklaus

Par Tristan Niklaus
Par Trisan Niklaus

Ukraine : sous la guerre, la révolution ?

Ukraine : sous la guerre, la révolution ?

La guerre en Ukraine, avec ses cortèges d’horreurs, de bombardements, de destructions, de massacres de civils et d’enfants, de viols ; avec ses flux de réfugiés et sa menace nucléaire si proche de nous, a envahi notre quotidien, générant un élan légitime de sympathie envers le peuple ukrainien. Mais ce qui a surtout surpris, c’est la résistance populaire. Or, c’est bien ce caractère surprenant qu’il faut comprendre si l’on veut saisir le sens profond du conflit, sa logique, sa portée et ses lendemains.

L’invasion militaire russe semble avoir déclenché un soulèvement au cœur de l’Ukraine et possiblement en Russie, parce que les modifications des rapports de forces mondiaux ont changé l’air général du temps (Cf. À bout de souffle ?).

Des militaires russes et leurs blindés dans la ville ukrainienne de Rostov. Mardi 22 février 2022.

Certains tentent de manière conventionnelle de placer ce conflit dans le contexte des rivalités entre impérialismes occidentaux (ou de l’Otan) et orientaux (de Russie ou de Chine), ce qui ne permet pas de comprendre l’importance de cette résistance populaire ukrainienne et par là, le fond de la guerre. D’autres essaient de le replacer dans la continuité des agressions russes. Il y a évidemment du vrai, mais là encore, c’est insuffisant. On pourrait effectivement faire remonter cette filiation au début de l’instrumentalisation par la Russie des questions nationales abkhaze en 1992-1993 (indépendance du territoire abkhaze vis-à-vis de la Géorgie et fondation d’une république). Puis en 2008, toujours en Abkhazie, mais aussi en Ossétie qui, déjà république indépendante de la Géorgie depuis 1992, est intégrée à la fédération de Russie suite à la guerre. La Russie s’est donc servie de ces deux points d’appuis frontaliers pour contrecarrer le sentiment national géorgien grandissant, mené par une classe dirigeante aspirant à rejoindre le giron de l’OTAN. La volonté d’extension de la sphère d’influence de la puissance continentale russe se traduit ensuite par plusieurs interventions : en Tchétchénie de 1994 à 2009, en Syrie à partir de 2013 (avec notamment le bombardement d’Alep en 2015), en Ukraine en 2014 (avec l’annexion de la Crimée suivie de la guerre au Donbass), et enfin en Biélorussie et au Kazakhstan en 2020, pour maintenir son influence.

Se borner à ce constat, à cette succession de moments, nous ferait louper quelque chose de central.

Il y a, en effet, eu un basculement clair du sens de l’intervention de l’armée russe après la seconde réélection de Poutine en 2012, celle-ci ayant marqué son installation dans la dictature. À partir de là, l’armée russe est devenue un outil de répression des peuples

Fresque des révolutionnaires syriens en soutien à l’Ukraine, engagés dans une lutte contre Bachar al-Assad, allié de l’impérialisme russe. Mars 2022.

Il y a, en effet, eu un basculement clair du sens de l’intervention de l’armée russe après la seconde réélection de Poutine en 2012, celle-ci ayant marqué son installation dans la dictature. À partir de là, l’armée russe est devenue un outil de répression des peuples en constitution (éveil d’un sentiment national, comme en Géorgie ou en Ukraine) ou en soulèvement (contre la corruption, comme en Biélorussie). Cela a été le sens, en 2013 puis 2015, de l’intervention militaire russe contre le peuple syrien qui se soulevait contre le dictateur Bachar el Assad. Le sens également de l’annexion en 2014 de la Crimée alors qu’une frange du peuple ukrainien (plutôt urbaine et libérale) avait destitué son président à Maïden, en 2013 – et ce indépendamment des évolutions ultérieures -. C’est encore le sens des interventions militaires russes en Biélorussie et au Kazakhstan contre un soulèvement populaire et des grèves ouvrières.

En même temps, la réélection de Poutine se place à un changement de période. Après le surgissement des révolutions et révoltes d’ampleur de 2011-2013 qui ont suivi la crise économique de 2008/2009, dans les pays arabes, en Grèce, Espagne, USA, Israël, Turquie, Brésil, Bulgarie, Mexique et Ukraine, une vague réactionnaire (répression, militaires au pouvoir, gouvernement ultra libéral et/ou à tendance théocratique, etc.) a accompagné la défaite de ces mouvements dans la plupart de ces pays et au-delà (Égypte, Syrie, Yémen, Hongrie, Inde, Turquie, Italie, etc.). Avant qu’une nouvelle vague de révoltes populaires ne surgisse dès 2018, dans 54 pays, se prolongeant toujours sous diverses formes aujourd’hui.

Victoire de Zelensky le 21 avril 2019.

Ainsi, les soulèvements de Syrie et d’Ukraine, comme plus tard ceux de Biélorussie et du Kazakhstan, terrains d’opération de la Russie, sont à replacer eux-mêmes dans deux vagues plus générales de soulèvements populaires mondiaux entre lesquelles s’est placée une phase de réaction. De cette dernière, certains régimes perdurent, comme celui de Poutine, même si beaucoup sont aujourd’hui en train de tomber ou sont menacés et affaiblis ; en Amérique par exemple, de Trump à Bolsonaro (Brésil), en passant par Anez (Bolivie) ou Pinera (Chili). Ou encore en Asie, en Inde avec le nationaliste Modi, au Pakistan avec l’ultralibéral Imran Khan ou au Sri Lanka avec Mahinda Rakapakse. Bien que Zelensky soit un démagogue libéral acquis au projet euro-atlantiste d’une société des monopoles souverains (il est soutenu par de grands oligarques nationaux, les détenteurs des médias notamment, et rappelle par sa communication un Macron), son élection en 2019 est à replacer dans cette dernière et actuelle phase de rebond des luttes : cette situation de pression populaire marquée par le reflux et le repli de la réaction.

Par-delà le détail des événements, le sens général est celui du vieux monde qui se défend contre le nouveau ; celui de la guerre contre la révolution. L’armée russe n’est pas la seule à être intervenue ces derniers temps contre des soulèvements populaires hors de ses frontières, ou dans les remous politiques qui ont suivi des soulèvements populaires. Toutefois, l’ampleur de l’intervention militaire en Ukraine, la taille du pays comme sa situation géographique, donnent une importance plus grande au conflit, à son déroulement comme à son issue.

Pour comprendre, rompre avec les raisonnements passés

Le plus remarquable dans la résistance populaire en Ukraine est qu’elle est plus anti-Poutine qu’anti-russe. Pour le comprendre, il faut, comme toujours, la replacer dans le cadre des modifications des rapports de force mondiaux en cours. Et renoncer également aux analyses strictement géopolitiques des États-nations vues du dessus, comme des décennies de reculs sociaux et de pertes d’acquis de conscience en ont habitué bien des esprits. La géopolitique du dessus oublie systématiquement les révoltes populaires pour ne voir que les jeux des états1. C’est une forme de « campisme » : le choix d’un seigneur et maître contre un autre. Faute de croire aux capacités de révolte des opprimés, certains finissent par voir dans les soulèvements populaires des manipulations impérialistes ou, sans aller jusque-là, par avoir tout de même l’esprit gangrené par cette manière de voir par le dessus.

Des volontaires attachent des filets de camouflage destinés à être utilisés par l’armée ukrainienne à Kalynivka. Mars 2022.

Cette confusion d’esprit de notre temps, mortelle pour l’analyse des mouvements sociaux, provient pour beaucoup à gauche d’une rupture lointaine, provoquée par le stalinisme, entre la théorie critique et la pratique révolutionnaire au sein des classes populaires. Ce mode de pensée a emprunté au positivisme bourgeois2 tout en le colorant de misérabilisme ouvrier3. Cet univers mental fait de ceux qui en sont habités des éternels « surpris », ne voyant pas les vagues de révoltes populaires parce qu’ils ne mesurent pas en leur sein les progressions des mouvements et des consciences. Ainsi, cet univers mental ne connaît pas le raisonnement qui progresse d’un point à un autre, mais se contente d’empiler des formules du passé comme on empile des assiettes, toujours à la poursuite d’événements qui le prennent constamment de court. L’individu ramasse ses informations et points de vue comme des miettes tombées de la table des maîtres, ne vainc plus que dans la propre défaite de sa pensée, toujours à justifier ses erreurs passées, incapable d’une pensée construite et autonome4.

Enfermé dans ses formules devenues des casemates, il devient insensible aux faits qui démentent ses justifications. Son « raisonnement » n’a pas pour but de progresser mais d’assurer une position. Dialoguer, échanger avec les hommes et les événements, s’enrichir et apprendre d’eux n’a pas d’intérêt dans ce monde mental. Se dessine alors un univers mental du discontinu, de l’amnésie sélective5, de la justification, du moralisme, de la mauvaise foi et de l’irritation permanente.

La géopolitique du dessus oublie systématiquement les révoltes populaires pour ne voir que les jeux des états. C’est une forme de campisme : le choix d’un seigneur et maître contre un autre. 

Des habitants creusent un bunker et construisent un poste de contrôle à la lisière de leur village à Hushchyntsi.

Comprendre, aujourd’hui où les révoltes sont nombreuses, c’est plus que jamais rompre avec ce réflexe mental structurant qui lui s’épanouit dans la géopolitique des États-nations. C’est se situer au contraire au niveau d’une géopolitique des communs vue par en bas, avec le regard de ceux qui luttent. C’est embrasser la perspective des mouvements sociaux, celle de la solidarité par-delà les barrières, de l’humanité commune, de la rébellion, du refus de se soumettre (y compris mentalement) aux jeux de guerres de ceux d’en haut, de la révolution contre la guerre, en intégrant alors la problématique de leurs guerres dans la question plus large de nos luttes de classes.

Car la guerre n’est qu’une continuation de la politique par d’autres moyens, par en bas comme par en haut.

Des états-nations sur la défensive contre la vague des soulèvements populaires

La principale évolution de conscience de ces derniers temps, c’est qu’au travers des révoltes populaires dans le monde, la possibilité d’une souveraineté d’en bas est peu à peu apparue dans la rue contre celle de l’État. Globalement, les convergences révolutionnaires entre les collectivités humaines mondiales se sont mises de plus en plus à écrire l’Histoire au détriment de celle qui découle des rivalités entre les États-nations. Ces derniers tentent alors de résister à ces tendances au-delà de la répression interne par une autre violence qui leur est propre : la fuite en avant vers la guerre6. Cette fuite en avant est d’autant plus exacerbée quand l’État-nation et son impérialisme sont faibles, car, du fait même de cette faiblesse, les superstructures militaires sont surdimensionnées par rapport à la sous-puissance économique. Ces impérialismes fragiles et souvent nouveaux venus comme la Russie, se donnent alors des dirigeants pathogènes à l’image de leur déséquilibre général, sans contrôle, et capables de tout.

Ces impérialismes fragiles et souvent nouveaux se donnent des dirigeants pathogènes à l’image de leur déséquilibre général, sans contrôle, et capables de tout.

Artillerie mobile russe parquée dans une gare de Rostov le 25 février 2022 (Photo by STRINGER / AFP).

Cette vision d’un État-nation agressif, parce que sur la défensive, peut paraître contre-intuitif si l’on ne voit pas le développement actuel de la réaction, et les reculs sociaux et liberticides que celle-ci fait subir aux peuples. De même, si l’on reste aveugle aux nombreuses guerres qui parsèment le monde, tout en ignorant ou minimisant les montées populaires concomitantes. Les tendances réactionnaires et les replis nationaux que certains ont pu voir il y a quelques années comme des résistances de la souveraineté nationale à l’emprise du capitalisme sauvage mondialisé, ne sont au contraire qu’une résistance de l’État (et non pas de la souveraineté populaire, ni de la souveraineté nationale) à l’emprise progressive des luttes sociales globalisées sur le monde.

Un employé du service des routes de Kalynivka enlève un panneau de signalisation pour ralentir la progression russe.

Beaucoup n’ont pas l’intuition de cette situation défensive des états-nations parce que nous sommes tous orphelins d’une représentation politique de l’offensive populaire mondiale en cours, depuis celle des Gilets Jaunes, des luttes de la santé ou de la culture, jusqu’à celles qui courent le monde et qui ont toutes des racines communes et des développements semblables malgré les particularités locales ou nationales. Le social et les luttes de classes s’articulent en effet dans le monde et sont en train de définir un mouvement d’ensemble d’en bas où, pour la première fois à cette échelle dans l’histoire mondiale, la dynamique de la question sociale et du sens du commun entraîne la planète entière dans son agenda et ses idéaux au détriment de celui de la géopolitique classique opposant les états-nations et leurs valeurs dans le cadre d’une concurrence mondialisée accentuée.

C’est un changement majeur qui traverse tous les continents, toutes les nations, tous les peuples. Et le peuple ukrainien n’y coupe pas.

Les luttes dans le monde, sur le climat et l’environnement, pour la santé, de nature anti-racistes ou féministes, ont envahi les rues de la plupart des pays depuis déjà quelques temps. Mais depuis 2018 ces luttes sont complétées – mélangées de plus en plus et souvent unifiées – par des luttes sociales, émaillées de soulèvements qui, malgré le Covid, continuent en 2022 et pourraient bien prendre une dimension encore plus importante à l’issue de la pandémie. Les états et les nations sont bousculés, tout comme leurs valeurs liées au capitalisme s’effritent ou s’effondrent. La réussite personnelle au détriment des autres ne fait plus rêver. L’idée du privé supérieur au public paraît être une arnaque après 40 ans d’expérience néo-libérale. Les capitaines d’industrie héros d’hier se confondent avec des gangsters compromis par des dividendes records et des détournements récurrents (Panama Papers, « ISF gate », Pandora Papers dans lesquelles le nom de Zelensky apparaît pour avoir géré les revenus de sa société de production avec des sociétés offshore et pour ses liens avec le deuxième oligarque du pays7, etc.). L’individualisme comme valeur suprême est perçu comme un parasitisme indécent à l’heure de la facture climatique, …

Or les Ukrainiens, les Biélorusses, les Kazakhs comme les Russes, pensent et sentent aussi ce diapason des grandes tendances mondiales. C’est ce que dit, au fond, l’ampleur et la particularité de leurs résistances : nous ne voulons plus de ce monde.

La mondialisation et ses transformations de notre monde
Des cocktails Molotov entreposés à un poste de contrôle à la lisière du village de Hushchyntsi.

Ces mutations rapides des consciences et des sentiments que nous vivons sont nées dans la mondialisation économique menée par en haut. À partir des années 1980-1990, les capitalistes ont investi dans des zones où la pauvreté leur permettait les profits maximaux par la baisse globale des salaires. En conséquence, on a assisté à une industrialisation sauvage d’une partie du monde en même temps qu’à une désindustrialisation relative tout autant sauvage d’une autre partie du monde.

Cela a signifié de véritables révolutions sociétales mondiales.

Le globe a en outre connu une révolution urbaine à grande vitesse multipliant la population urbaine par quatre depuis 1950, et à une vitesse accélérée à partir des années 1980-1990, la population des villes dépassant la population rurale à partir de 2007. Cette dynamique a transformé des milliards de paysans isolés en urbains connectés. Les mégalopoles ont explosé en même temps que les gratte-ciels : Delhi a 38 millions d’habitants presque autant que l’Espagne ; Chongqing en Chine, ville quasi inconnue hier, compte 35 millions d’habitants, soit l’équivalent de trois fois la Belgique ; dans le seul bidonville d’Orangi Town à Karachi au Pakistan on dénombre plus d’habitants qu’à Marseille.

La mondialisation a signifié des migrations externes ou internes aux États comme le monde n’en a jamais connu dans son histoire, mélangeant les peuples, les ethnies, les nations, les couleurs et les traditions, brisant par la force brutale des institutions et des barrières millénaires, forçant par la violence à aller au contact de l’autre, d’une autre langue, d’une autre culture, dépassant les frontières comme aucun empire ne l’a fait. Les luttes contre le racisme qui embrasent le monde et s’y propagent aussi vite que des épidémies en sont l’illustration éclatante.

Cela a aussi été une révolution matrimoniale unique dans l’histoire, jetant des centaines de millions de femmes (et d’enfants) dans l’enfer du travail exploité en ville, hors du foyer familial. Ce qui a donné des drames sans fin en même temps que la possibilité aux femmes de s’émanciper des prisons traditionnelles familiales, patriarcales et religieuses. Elles sont aujourd’hui à la pointe de tous les combats dans le monde : en Ukraine elles jouent un rôle central dans la résistance, tandis qu’en Russie c’est le mouvement féministe qui concentre toutes les oppositions à la guerre.

Barricade sur une route des alentours du village de Hushchyntsi. Mars 2022.

Les frontières entre sexes, couleurs de peau, religions, nationalités, ethnies en ont été bouleversées, revisitées, remodelées. Les traditions, les institutions, les nations et les États eux-mêmes ont été chahutés. Des gouvernements et des dictateurs sont tombés, comme ceux que les révolutions arabes de 2011-2013 ont jetés à bas et d’autres encore après elles. Ce contexte rend évidemment les dictateurs, autocrates, hommes forts, particulièrement agressifs.

Surgie de la mondialisation, la lutte de classe au centre des combats contre les oppressions

L’effet central de la mondialisation, son facteur explosif, a été de mettre directement face à face d’un côté le marché et ses acteurs et de l’autre les classes populaires cherchant à dépasser partout les questions de sexes, races, religions ou nations. On a pu le voir en Inde (Cf. Le mouvement paysan indien (2020 à aujourd’hui)), cette prison par le genre, la caste et les religions. Mais aussi par le plus grand mouvement social que les USA n’aient jamais connu dans leur histoire : Black Lives Matter, cette lutte contre le racisme dans son principal foyer du monde occidental !

Elle a montré plus que jamais que les ressorts des sociétés comme de la géopolitique sont ceux de la lutte de classes et a donné une base de classe aux luttes sociétales.

Depuis 2018 nous assistons à une recherche consciente du rapprochement des mouvements contre l’exploitation et contre les oppressions. Tous les jours, des millions de femmes et d’hommes expérimentent les rapports directs de classe avec les licenciements de masse, la destruction des protections sociales, la désagrégation du droit ouvrier, la liquidation progressive des services publics, le grignotage des libertés. Cela ne laissant plus de place qu’à la brutalité de l’État régalien, sa police, sa justice, ses prisons. Et ce, dans un contexte d’interpénétration de toutes les économies nationales, où la domination de la Bourse et des groupes financiers s’est amplifiée, et où les multinationales ont pris des dimensions jamais atteintes jusque-là, souvent plus puissantes que bien des États.

Les ukrainiens, les Biélorusses, les Kazakhs comme les Russes, pensent et sentent aussi ce diapason des grandes tendances mondiales. C’est ce que dit l’ampleur et la particularité de leurs résistances : nous ne voulons plus de ce monde.

Villageois creusant des tranchées autour de leur village. Mars 2022.

Les multinationales construisent directement leurs propres règles par-dessus les lois étatiques, y compris leurs territoires : les paradis fiscaux qui ne sont pas que des îles perdues mais des entités géographiques et administratives au centre du système (aux USA, avec le Delaware, en Europe, avec le Luxembourg). Il s’agit de zones franches gigantesques qui étendent au sein du monde des états-nations la domination du capitalisme sauvage. Et en retour, c’est l’émergence de la réponse prolétarienne, sous toutes ses formes, y compris dans la guerre.

De plus, dans ce capitalisme sans retenues, ses promoteurs étalent sans vergogne leurs richesses et leurs valeurs qui deviennent aux yeux de tous des préjugés. Les sommets de la société, hommes politiques, médias, institutions évoluent à droite et font tout pour entraîner le monde dans leur sillage. Mais nous sommes peut-être arrivés à un point de rupture, après avoir réussi à nous faire croire que leurs frontières, barrières et armées en tous genres, nous protégeraient. Les écarts de richesse deviennent tellement grands que ce sont en effet les frontières entre riches et pauvres qui dominent le monde à la vue de tous, et non plus les frontières nationales.

Le drapeau ukrainien est hissé au-dessus d’un poste de contrôle nouvellement établi à l’entrée d’un village à l’est de l’Ukraine. Mars 2022.

N’a jamais été aussi grande la conscience de la contradiction entre d’un côté les moyens techniques, humains, les savoirs, l’engagement total de millions de travailleuses et travailleurs, de scientifiques, de techniciens, … et de l’autre l’appropriation des richesses par une poignée de financiers, de multinationales qui soumettent l’ensemble du monde à leur soif insatiable de plus-value, à une concurrence généralisée, à la destruction des hommes et de la planète. La conscience qu’il faut mettre l’ensemble des richesses au service de la collectivité, sous son contrôle, n’est plus acte de propagande d’une petite minorité. C’est ce vers quoi tendent tous les mouvements sociaux et les peuples en résistance.

Le social mondialisé envahit de plus en plus le rythme planétaire à travers les mouvements de révolte des classes populaires agitées par des interrogations sanitaires, alimentaires, environnementales, migratoires, démocratiques ou sur les droits humains. La base ne vit plus dans le même monde que les sommets et peut alors aspirer à son monde à elle : celui qui ne connaît ni frontières ni états-nations.

Les états-nations abandonnent donc leurs justifications sociales de sécurité, de protection des plus fragiles y compris des minorités en termes d’égalité entre femmes et hommes ou entre hommes et femmes de différentes couleurs de peau8.Ainsi, toutes ces luttes sociétales non seulement s’amplifient mais aussi tendent à prendre une coloration « anti-système », anti-capitaliste, anti-nationale puisque contrairement à la période précédente, les illusions sur les possibilités d’intégration et d’égalité dans le système s’estompent. Par là, ces luttes rencontrent plus facilement les luttes sociales contre l’exploitation capitaliste et se mêlent souvent9.

La conscience grandit que nous n’avons plus à subir le monde, ni à nous y intégrer en le changeant à la marge, mais que nous sommes en train de le modeler. Il y a quelque chose de tout cela dans la résistance farouche des ukrainiens face à la barbarie d’un futur moyenâgeux incarné par l’armée de Poutine.

La guerre a déclenché une levée révolutionnaire sous-jacente
Zelensky au début de l’invasion russe. © Shutterstock/Photographer RM

Les soulèvements ukrainiens de 2013, ceux biélorusses et kazakhs de 2020, mais aussi la résistance ukrainienne actuelle, sont des dangers mortels pour Poutine et ses amis dictateurs. Ils traduisent une tendance de fond : les peuples ne supportent plus ce monde hérissé de barrières, de frontières, de préjugés et de guerres.

Si Zelensky a montré un certain courage personnel et politique fidèle au personnage qu’il tenait dans la série Serviteur du peuple, ce n’est pas lui qui a déclenché la résistance ukrainienne comme les médias en ont construit la légende, même si son attitude l’a certainement amplifiée. C’est la résistance populaire qui l’a poussé à ses positions courageuses.

Alors, passera-t-on en Ukraine, du peuple en armes derrière Zelensky10 au prolétariat en armes pour lui-même ? C’est dans les possibilités du temps, parce que ça a commencé comme ça.

Des ouvriers d’entreprises, ou encore des salariés d’écoles, s’organisent sur leur lieu de travail pour fabriquer des cocktails Molotov, des gilets pare-balles ou des défenses anti-char. Et puis, c’est aussi à mains nues que la population affronte les chars russes, protège ses centrales nucléaires, et surtout, s’adresse aux soldats russes pour leur dire de rentrer chez eux. Plus encore, par-delà l’armée ou les unités de défense territoriale, sont apparus un peu partout des comités d’autodéfense populaire et des assemblées populaires, en particulier dans les villages. C’est pourquoi d’un côté l’armée russe patine face à ce soulèvement, et de l’autre Zelensky essaie d’utiliser la guerre contre ce soulèvement afin de limiter les droits ouvriers et les libertés d’expression dans sa posture du bon élève de l’Occident libéral. Poutine et Zelensky utilisent la guerre contre la révolution, parce qu’ils craignent tous deux cette dernière11.

Nous ne voulons pas la « paix » en général. Nous voulons la paix entre les peuples et la guerre aux palais.

C’est pourquoi, il faut souhaiter la chute de Poutine et la défaite de l’armée russe parce que la victoire du peuple ukrainien peut devenir la victoire du peuple russe. Nous ne voulons pas la « paix » en général. Nous voulons la paix entre les peuples et la guerre aux palais.

La défaite de l’armée russe, ce n’est pas la victoire de l’Otan, de Biden ou de Macron, ni même celle de Zelensky, c’est la victoire des peuples russes et ukrainiens. C’est la victoire de la démocratie par le peuple. La victoire de cette démocratie par en bas en marche partout dans le monde, celle que nous voulons aussi ici, celle qui fait grève pour les salaires, pour défendre les protections contre la maladie, l’âge et le chômage, pour le climat, contre la hausse des prix, contre les violences policières et contre les limitations à la liberté d’expression et de manifester ; pour un monde sans barrières ni frontières, sans oppressions ni exploitation.

Jacques Chastaing

Notes de la rédaction :

  • 1 Ce serait oublier une contrainte majeure pesant sur l’État : la gestion de sa population. Il doit veiller, pour préserver les intérêts des classes dominantes qu’il représente sur le territoire qu’il administre, à ne pas se faire renverser par sa propre population. « Les pouvoirs publics doivent donc se ménager les bonnes grâces de ce qu’Antonio Gramsci nomma dans les années 1920 la société civile pour obtenir qu’elle ne fasse pas usage contre lui de sa puissance d’opposition ». « Puissance d’institutionnalisation des rapports sociaux, l’État agit dans un contexte de double dépendance aux classes dominantes et à la population qu’il gouverne ». La finance autoritaire. Vers la fin du néolibéralisme, Marlène Benquet et Théo Bourgeron, 2021, p. 26-27.
  • 2 La science objective qui doit expérimenter pour valider les faits, des faits toutefois socialement construits et situés dans le temps. Voir la discussion de En travail. Conversation sur le communisme, Bernard Friot, 2021, p. 104, 108 ou p.174-178.
  • 3 « Il n’y a plus de sujet révolutionnaire capable d’instituer le réel, mais des victimes avec lesquelles il faut être solidaire, ainsi qu’une variété de dominations indistinctes qui invisibilisent l’exploitation de la classe dominante ». Voir la discussion de En travail. Conversation sur le communisme, 2021, p. 107, p. 113, p. 114, p.123 ou p. 134-135.
  • 4 « Ayant perdu l’habitude de penser […] nous nous trouvons désarmés face à la tempête. Nous avons mécanisé la vie, nous nous étions mécanisés nous-mêmes. Nous nous contentions de peu : la conquête d’une petite vérité nous remplissait de la même joie […]. Nous nous tenions à distance des efforts, il nous semblait inutile de formuler des hypothèses lointaines et de les résoudre […]. Ou bien nous accordions trop d’importance à la réalité du moment, aux faits, ou bien nous ne leur en accordions aucune. Ou nous souffrions d’une tendance à l’abstraction parce que nous faisions d’un fait, de notre vie, toute la réalité et que nous nous hypnotisions, ou manquions complètement de sens historique […] ». A. Gramsci, Pourquoi je hais l’indifférence, 2012 (éd.), p. 197.
  • 5 Là encore, sur les faits enterrés et le travail de documentation visant à exhumer les faits, En travail, p.112, 124 ou 136.
  • 6 « La mentalité casuiste démocratique a établi des distinguos entre guerre et guerre, entre guerre démocratique et guerre impérialiste : elle n’a pas réussi à comprendre la guerre comme fonction de l’État, comme fonction de l’organisation économico-politique du capitalisme ». A. Gramsci, Pourquoi je hais l’indifférence, 2012 (éd.), p. 201-204.
  • 7 Voir cette vidéo synthétique sur le personnage Zelensky, son entourage, ses méthodes et ce qu’il incarne : https://www.youtube.com/watch?v=mM2d5qnZCz8&t=1s
  • 8 « Tout se passe comme si « les élites avaient été si bien convaincues qu’il n’y aurait pas de vie future pour tout le monde qu’elles ont décidé de se débarrasser au plus vite de tous les fardeaux de la solidarité », tant matériels que symboliques ». La finance autoritaire. Vers la fin du néolibéralisme, 2021, p. 134.
  • 9 « Sur les continents européen et américain, [les régimes d’accumulation] viennent de muter et menacent désormais le minimum d’harmonie sociale, de paix et de ressources environnementales nécessaires à des sociétés libres. Mais des fronts de résistance s’ouvrent, des mouvements sociaux se développent, de nouvelles organisations se créent ». La finance autoritaire. La finance autoritaire. Vers la fin du néolibéralisme, 2021, p. 146.
  • 10 Sa côté de popularité est passée de 31% à 91% avec la guerre. Une opportunité pour son mandat qui s’effritait. Voir : https://www.ukrinform.fr/rubric-society/3155998-la-police-ukrainienne-denonce-un-reseau-de-centres-dappels-qui-a-blanchi-plus-de-42-millions-de-hryvnia-en-cryptomonnaie.html
  • 11 Depuis le début Poutine instrumentalise les soulèvements du Donbass, à l’origine menés par des syndicats et partis révolutionnaires contre les oligarques ukrainiens et russes se partageant les industries de la région. Il applique le même procédé partout et, réduisant au titre de pro-russe ces républiques, l’Occident fait son jeu. En attaquant ces territoires dès 2014, l’Ukraine les a jetés, par nécessité logistique, dans les bras de l’étrangleur russe. Zélensky, quant à lui, n’a jamais condamné les milices nationalistes actives contre les populations mobilisées. Voir cet article synthétique : https://acta.zone/les-communistes-et-le-donbass/?fbclid=IwAR3tO94ESBDuODgSE2lMOhkRhymv83pIZIaOZuG8y9AxnFXZAzAMVQ4Mnio