Autopsie d’une réforme des retraites

Autopsie d’une réforme des retraites

Contrer les fake news de la bourgeoisie, convaincre autour de soi

Malgré une majorité écrasante de Français opposés au recul de l’âge de départ à la retraite (80% selon un sondage Odoxa-Agipi pour Challenges et BFM Business)[1], le gouvernement a décidé de faire passer sa réforme dans un projet de loi de financement de la Sécurité sociale rectificatif. Il permet d’ajuster après coup certaines dispositions comptables actées par le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2023 du 20 octobre 2020. Si ce cadre budgétaire autorise l’utilisation d’un nombre illimité de 49-3, c’est un risque en temps de mobilisation : cet article est devenu grandement impopulaire et symbolise aujourd’hui les tendances anti-démocratiques de la macronie, tandis qu’il n’empêche pas la motion de censure des oppositions (pouvant déboucher sur un renversement). 

C’est surtout l’application automatique du 47-1 de la Constitution qui intéresse la majorité, car il permet de sabrer le temps du débat sans pour autant refuser la discussion. En effet, ce cadre légal prévoit des délais raccourcis : cinquante jours maximum pour être traité par le parlement. Au bout de vingt jours, la loi doit passer au Sénat, qu’elle soit votée ou non. Celui-ci a quinze jours pour statuer sur son sort, en sachant que Les Républicains (droite traditionnelle), favorables à la réforme, y sont majoritaires. Si toutefois il s’avérait quand même que le Sénat dépassât ces quinze jours fixés par la constitution (cela n’est jamais arrivé depuis 1958), il est possible pour le gouvernement d’imposer le texte par ordonnance sans possibilité de motion de censure[2]. L’échéancier est le suivant : le projet de loi est discuté en Conseil des ministres depuis le 23 janvier et sera débattu le 06 février au parlement pour une entrée en vigueur à la rentrée de septembre. Cependant, le processus parlementaire, même s’il se réalise avec cette procédure accélérée, ne s’arrêtera pas avant mars, ce qui laisse au bas mot deux mois et demi de confrontation sociale à assumer pour le gouvernement.

Dans le prolongement de l’article « Retraites et chômage : sous les canons du marché. Ou comment les monopoles resserrent leur emprise », nous proposons ici une synthèse des mesures que contiennent la réforme, ainsi qu’un contre-argumentaire à la propagande patronale et gouvernementale qui a tendance à éroder notre résolution.

Ces mesures macabres qui détruisent les conquêtes de notre classe

a) Politiquement trop difficile à défendre, la retraite à points a été officiellement abandonnée bien avant les premières annonces. L’exemple suédois a par exemple prouvé que 92% des femmes avaient vu leurs pensions baisser. La bourgeoisie s’est donc rabattue sur le décalage de l’âge de départ de 62 à 64 ans par pallier : une augmentation de trois mois par année de naissance pour atteindre les 63 et 3 mois en 2027 et les 64 ans en 2030. C’est la réforme à la carte tant l’intuition de la possibilité d’une confrontation sociale fait peur à la classe dominante. La concession (tactique) de cet extrême centre défenseur des intérêts bourgeois est mince, mais il pourra dire qu’il n’aura pas brusqué les partenaires du « dialogue social » et les travailleurs. Comme si la « progressivité » des mesures effaçait les effets concrets de la réforme !

b) Le projet s’inscrit dans le sillage de la réforme Touraine de 2014 qui n’est pas encore achevée et qui consiste à augmenter tous les trois ans le nombre de trimestres nécessaires pour partir à taux plein jusqu’en 2035[3]. La réforme Macron-Borne rend plus agressive la précédente en annualisant cet accroissement du nombre de trimestre nécessaire[4]. Chaque génération devra cotiser un trimestre de plus que la précédente pour atteindre le même seuil que ce qui était prévu : 43 annuités pour partir à taux plein. Seulement, ce seuil sera atteint plus rapidement, en 2027.

c) C’est la fin de ce qui restait des régimes spéciaux pour les nouveaux arrivants : la RAPT, l’industrie électrique et gazière et la Banque de France en sont privées. En revanche, les marins-pêcheurs, l’Opéra de Paris et la Comédie-Française font office d’exception, tandis que les intermittents ne seront pour l’instant pas inquiétés. Les aides soignantes du public, la police et les pompiers pourront également garder leur retraite anticipée. Enfin, il sera possible de partir à 62 ans en cas d’invalidité ou d’inaptitude. À 55 ans en cas de handicap. De petits aménagements pour masquer l’essentiel : la fin des régimes spéciaux pour les secteurs clés (la SNCF a déjà connu la fermeture de son régime spécial en 2018). Ceux-ci offrent la possibilité de partir à la retraite avant 62 ans, voire avant 60 ans. Les machinistes de la RATP peuvent par exemple partir à 50 ans et 8 mois[5]. Et alors que les travailleurs du régime général doivent cotiser 43 annuités, soit 172 trimestres, pour une retraite à taux plein, les agents de la RATP ont entre 161 et 168 trimestres à accomplir. Pour la plupart des branches de ce régime, le taux plein est de 75% du salaire de référence des six derniers mois d’activité. Le calcul de la pension de retraite de base du régime général est quant à lui obtenu sur la base des 25 dernières meilleures années de la carrière et le montant d’une pension complète sur un taux moindre de 50% du salaire moyen. En 2017, une retraite pleine du régime général était de 1605€ bruts en moyenne pour 2 357€ à la RATP.

René Margritte, Décalcomanie, 1966

Le gouvernement tente donc de détruire la pointe la plus avancée de la conquête du salaire continué acquis sur la pénibilité des métiers. Leur recherche d’homogénéité sous prétexte de justice et d’égalité nivelle par le bas les droits qu’il s’agit pour nous de prolonger et d’étendre. L’universalisme que la bourgeoisie prône est toujours celui du minimum.

Certaines mesures rassurantes en apparence ne changeront rien à la logique du « travailler plus »

– La décote à 67 ans a été maintenue : si tous les trimestres n’ont pas été effectués par le travailleur, celui-ci peut prendre sa retraite à 67 ans sans malus, avec 1200€ brut minimum.

– Les carrières longues qui prévoient un départ anticipé à 58 ans si on a commencé à travailler vers 14 ans ; un départ à 60 ans si on a commencé à travailler vers 16 ans ; un départ à 62 ans si on a commencé à travailler entre 18 et 20 ans. Toujours dans ce cadre des carrières longues, les congés parentaux sont désormais pris en compte pour permettre des départs anticipés selon un dossier à transmettre. Jusqu’à quatre trimestres pourront être validés à ce titre. En y regardant de plus près, les salariés concernés devront devront totaliser 44 années cotisées pour partir en retraite contre les 172 trimestres cotisés pour les autres, soit 43 ans[6].

Leur recherche d’homogénéité sous prétexte de justice et d’égalité nivelle par le bas les droits qu’il s’agit pour nous de prolonger et d’étendre

Pour terminer, il y a eu l’annonce du minimum contributif à 85% du SMIC (plus que les régimes spéciaux), soit 1200€ brut. Le hic, c’est que cela concerne la carrière complète[7] ! Que faire des femmes plus soumises aux carrières partielles, des aléas rencontrés dans une vie, des précaires, des personnes ayant fait de longues études, etc. La mesure, au départ prévue pour les nouveaux retraités, a été cédée aux retraités actuels. La tactique ne trompe personne : le parti de Macron cherche à consolider son alliance avec Les Républicains au parlement, tout en consolidant son socle de soutien dans l’opinion publique sur lequel nous reviendrons.

Quoi qu’il en soit, toutes les pensions vont mécaniquement baisser car les économies seront faites sur les années de retraites : pour compléter ses pensions il faudra travailler deux ans de plus sinon ce sera deux ans de malus. Autrement dit, tout le monde devra travailler plus, même les salariés des régimes spéciaux restant puisque c’est l’âge général de départ qui recule. Et on sait que ça n’est qu’une étape. Édouard Philippe parlait déjà des 67 ans il y a un mois, alors que la classe dirigeante allemande a fait passer les 67 ans et envisage les 70 ans ! Seul un rapport de force social peut arrêter ce processus.

Les principaux arguments du gouvernement : un montage idéologique pour augmenter exploitation et profits

Le discours pour la réforme tourne en boucle comme un théâtre d’ombres. Il faut raconter quelque chose, remplir l’espace, même si l’opinion n’est plus mobilisable. Le texte répété, la logorrhée, ne s’adresse pas aux gouvernés, trop largement lucides, mais aux connaisseurs : bureaucraties syndicales, patrons, journalistes, marchés financiers et possibles acteurs institutionnels intéressés par de futures alliances électorales. Le réformateur parle, la cour écoute ! Il dit, en néo-Thatcher : tout ce qui résiste au marché des monopoles je vais l’écraser pour vous ! Il donne sa vision de startuper (mesure cosmétique de la bourgeoisie) et sa femme, Brigitte, tente d’humaniser le tout : « En France on a de la chance, dans quel pays c’est mieux, l’éducation, la santé ?»

Concours d’obscénités dans le cadre d’une stratégie du « Quoi qu’il en coûte parce que la rue ne décide pas » risquant de fragiliser l’unité de son camp social. Les différents éléments de la bourgeoisie ne sont cette fois pas tous certains de la réussite de ce passage en force[8], y compris dans la majorité présidentielle. Certains se désolidarisent frontalement[9], d’autres optent pour une attitude plus attentiste[10], mais chacun y va de sa petite musique étant donné le risque politique. Les divers élus sont parfaitement conscients de l’opportunité à exploiter pour se placer dans le champ politique comme alternative crédible aux yeux du patronat. Une lutte des places est en cours !

René Magritte, Les amants, 1928

(a) Résorber le déficit sans impacter la « compétitivité » (en soulageant les grands groupes) et rendre le système plus juste (plus aux plus méritants) ; (b) faire des économies pour d’autres chantiers (le transfert d’argent public) ; (c) sauver le système du fait de la tendance démographique au vieillissement (sans prendre en compte le niveau de productivité). Autant d’arguments interchangeables dans la boîte à outil du gouvernement. Précisons que le dernier élément de langage en date est celui de la pénibilité : (a+b+c) que les salariés n’arrivent pas cassés en retraite[11]… Nous le prenons pour ce qu’il est, à savoir une pauvre déclinaison d’un motif qui ne fait que tourner en rond et que nous neutralisons par la réponse aux autres sentences.

a) Résorber le déficit et rendre le système plus juste ?

Pour « sauver notre système par répartition » et donc pour « plus de justice », le gouvernement veut passer sous la barre des 3%[12] d’ici cinq ans (projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2023-2027 publié le 15 décembre et transmis à l’Union européenne). Intuitivement, on pourrait penser que pour y arriver il faudrait augmenter les impôts de production qui s’élèvent aujourd’hui à 66,2 milliards d’euros[13]. Cela est en fait proscrit : cela nuirait à la « compétitivité » et c’est pourquoi ils sont constamment réduits ! C’est à la fois sur la contraction de la masse salariale (licenciements), des salaires (stagnation par rapport à l’inflation et statuts précaires) et des dépenses sociales (protections sociales en tout genre) qu’ils comptent respecter leur engagement. Cette réforme des retraites, comprenant la suppression des plus grands régimes spéciaux et l’affaiblissement des autres, est motivée par cette logique offensive.

Le réformateur parle, la cour écoute ! Il dit, en néo-Thatcher : tout ce qui résiste au marché des monopoles je vais l’écraser pour vous !

Si nous continuons à payer autant qu’avant (impôts, taxes, cotisations) et que pourtant tout se dégrade, les grandes entreprises, elles, reçoivent donc plus et paient de moins en moins. L’État garantit la circulation de leurs capitaux par les commandes publiques comptant pour 8% du PIB (200 milliards) et assure leurs investissements de développement par ses 2000 aides représentant 6% du PIB (140 milliards) en 2018[14]. En 2021, ça a été 250 milliards d’aides, soit trois fois le budget de l’Éducation nationale. Cette somme représente plus de la moitié du budget de l’État qui s’élève à 427 milliards[15], alors qu’en 1980 les aides ne représentaient que 10 milliards. Comparativement, le PIB a augmenté cinq fois moins vite et les aides sociales trois fois moins vite. L’augmentation observée traduit de la part des monopoles un besoin de plus en plus aigu d’augmenter leurs profits et l’exploitation détournée, dans un processus de concentration des capitaux économisant le travail vivant, c’est-à-dire « l’activité (intellectuelle et physique) qui a pour but la production de valeurs d’usage » (ce qui est socialement utile et produit par l’Homme)[16].

René Magritte, La belle lurette, 1965

S’il fallait encore des arguments, il suffit de constater la bonne santé des revenus du bourgeois à l’échelle individuelle. Une réalité rendue possible par les aides habituelles et les plans de relance successifs depuis 2008[17]. Les patrons du CAC40 en 2021 ont touché un salaire moyen de 7,9 millions, soit une augmentation de 52% par rapport à 2019. Un montant qui équivaut à « 100 fois la rémunération moyenne des salariés »[18]. Les actionnaires des entreprises du CAC 40 ont en outre touché 80,1 milliards d’euros sur l’année 2022. On parle d’une augmentation de 15,5%[19].

Une sentence suffit à résumer l’absurdité de l’argument déficit qui soutient chaque réforme de la Sécurité sociale : détruire pour sauver ce qui n’a pas besoin de l’être.

b) Économiser pour d’autres chantiers importants ?

« Économiser pour financer de nouveaux chantiers ». Ces chantiers ne sont pas les services publics, largement sabrés, ni même le soutien aux petites entreprises subissant le choc de l’inflation. Et s’ils veulent nous le faire croire, on comprendra que ce n’est que pour tenter de calmer la contestation. Ces cadeaux ne profitent bien entendu pas aux PME et aux indépendants. Ceux-là rencontrent de nombreuses difficultés à payer leurs factures d’énergie (comme les boulangers), sont soumis à la loi de la sous-traitance pour les grands groupes et sont tenaillés par les prêts contractés auprès des banques (faire un crédit pour pouvoir travailler !), ainsi que par une pression fiscale plus forte que les sociétés du CAC40. On parle, en 2021, d’une imposition réelle de 30% en moyenne pour les PME contre 4,5% pour les groupes cotés en bourse !

Le chantier est le suivant : pour pouvoir continuer à assurer ce rôle de solvabilisateur de la bourgeoisie, à savoir son entreprise de transfert des fonds publics vers quelques grands groupes, l’État doit continuer à « économiser » ailleurs

Le chantier est le suivant : pour pouvoir continuer à assurer ce rôle de solvabilisateur de la bourgeoisie, à savoir son entreprise de transfert des fonds publics vers quelques grands groupes, l’État doit continuer à « économiser » ailleurs. Et justement, les retraites sont une manne de 340 milliards à disposition ! Il suffit pour cela de les confisquer aux travailleurs, tout comme l’assurance-chômage a été complètement étatisée par la dernière réforme avec son système de décret modulant la durée des allocations (et la fin, en 2018, de la gestion de sa caisse par les syndicats). Derrière, ce sont aussi de nouveaux débouchés pour les assureurs des complémentaires retraites dont les affiches pullulent depuis quelques-mois. Les fonds d’investissement comme Black Rock ou AXA Investment Managers, gérant les actifs de millions de clients épargnant pour leurs retraites (la fameuse capitalisation), se frottent les mains[20]. Cette intronisation de la capitalisation de manière « douce », au choix, se fera au détriment de la majorité puisqu’une part des cotisations des travailleurs fera l’objet de placements financiers ou immobiliers. Un cash disponible pour les monopoles via les marchés financiers et l’incertitude pour l’assuré dont le rendement de ses cotisations épargnées est soumis aux fluctuation du marché et des taux d’intérêts[21]

René Margritte, Clairvoyance, 1936

Le recours au marché des assureurs privés contrevient à l’universalité du système des retraites, tout comme les mutuelles santé (ces complémentaires se faisant concurrence), obligatoires depuis 2016, viennent progressivement se substituer à l’Assurance Maladie et à son inconditionnalité originelle. La bourgeoisie, par le biais de son État social, cherche donc à contrôler le Régime général (gel du taux de cotisation, normes et décrets de contrôle se substituant à la gestion par les travailleurs, indices de performance, etc.) tout en le rendant de moins en moins attractif pour le citoyen !

Ainsi, aujourd’hui les ménages sont pris entre le feu du privé lucratif des monopoles et d’un État les ponctionnant pour mieux redistribuer à cette même bourgeoise supranationale. Les ménages contribuent proportionnellement plus au budget de l’État que les entreprises (à hauteur de 54 milliards par an) du fait du CICE[22], des baisses d’impôts ou de cotisation. Ils sont, qui plus est, soumis à l’inflation, largement fruit de la spéculation[23], forme d’exploitation détournée[24] transformant une part des salaires en plus-value. Nous le disions : « l’étatisation entraîne toujours une baisse générale des prestations et une augmentation du taux d’exploitation. On l’a vu en Angleterre où les indemnités sont passées de 1000 à 400 euros environ. »

c) Sauver le système par répartition du vieillissement du pays ?

L’argument de l’équilibre car « il y aura toujours plus de retraités pour toujours moins d’actifs » (E. Borne) ne tient pas. Le choc démographique a en réalité déjà eu lieu. En 1970 il y avait 3 retraités pour 10 actifs, aujourd’hui ce sont 6 retraités pour 10 actifs. Ce qui est devant nous c’est qu’on passera à 7 ou 8 retraités pour 10 actifs. Pour encaisser le choc démographique, la valeur économique consacrée aux retraites dans le PIB est passée de 7% à 14%. Mais le gouvernement ne veut actuellement pas augmenter cette part : il ne veut pas augmenter les cotisations mais, au contraire, les réduire. Tout ce qui échappe aux monopoles doit en effet retourner dans leur giron.

Nous devons donc défendre et développer les institutions qu’ils veulent détruire : celles qui garantissent un salaire en-dehors de l’emploi, sans avoir besoin de recourir à un quelconque employeur, prêteur ou investisseur pour vivre

Le comité d’orientation des retraites le dit lui-même : rien ne fonde économiquement cette réforme. Par contre, il prévoit une baisse du niveau de vie des retraités et met en exergue que notre caisse de retraite était excédentaire en 2021 et en 2022. Comme nous le disions, « jusqu’en 2070 les ressources du système des retraites sont stabilisées. D’après le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites lui-même, les recettes des administrations de la Sécurité sociale sont supérieures aux dépenses (un excédent de 900 milliards en 2021 et 3,2 milliards de surplus en 2022). C’est bien l’État monopolistique qui lui impose sans arrêt une dette dont elle n’est pas responsable. » Ajoutons à cela qu’un fond de réserve pour les retraites (FRR) de 150 milliards d’euros existe pour les retraites. Établissement public administratif créé en 2001, son objectif était effectivement de « mettre en réserve quelques 150 milliards d’euros d’ici 2020 pour contribuer « à la pérennité des régimes de retraite »[25]. La CADES[26], elle, aura fini de rembourser la dette de la Sécurité sociale en 2024 et dégagera au moins 24 milliards d’euros.

René Magritte, La lampe philosophique, 1936

De fait, « quand on sait que l’un des arguments massue pour imposer cette réforme est le déficit de 13 milliards (sur 340 milliards, soit moins de 4%), on ne peut que constater la supercherie. Il faut dire que ce chiffre est un montant prévisionnel sur dix ans… parmi d’autres prévisions. Il a été élaboré en prenant en compte les politiques de limitation des budgets et de stagnation des salaires (moins de salaire équivaut à moins de cotisation). C’est-à-dire en prenant en compte la continuation du transfert d’argent socialisé vers les monopoles. »

Détruire l’autonomie de nos institutions

Ainsi, la logique s’avère limpide. Le fil conducteur de ce processus est la destruction de notre autonomie de classe afin de mieux favoriser le cycle de valorisation du capital (écouler les marchandises) dont l’État contrôle une part croissante (aides aux entreprises, commandes publiques, etc.). Il devient le garant de plus en plus direct de la reproduction des intérêts des grands groupes. Nous devons donc défendre et développer les institutions qu’ils veulent détruire : celles qui garantissent un salaire en-dehors de l’emploi, sans avoir besoin de recourir à un quelconque employeur, prêteur ou investisseur pour vivre. Celles qui posent les bases de la propriété d’usage contre la propriété lucrative, de la valeur d’usage socialisée contre la valorisation forcée du patrimoine des monopoles. Car nous ne voulons plus travailler sans détenir les moyens et les fins de la production. Sans pouvoir délibérer sur les critères (politiques, écologiques, sociaux) à respecter et les grandes orientations politiques à prendre collectivement.

L’équilibre que nous visons est celui des besoins d’une nation responsable et sociale. La justice à laquelle nous aspirons est celle de la reconnaissance de la capacité de chacun à participer aux grandes orientations de la production.

Alaoui O.


Notes :

Échec ou puissance invisible ?

Échec ou puissance invisible ?

Retour sur la mobilisation interprofessionnelle pour les salaires du 27 janvier, et celles à venir

Une rengaine familière nous est revenue, pour celles et ceux qui ont l’habitude de battre le pavé : c’était mou, court et peu intense. Il y a quelque chose de l’ordre du désir charnel pour chaque manifestation vécue. Celle-ci a été particulièrement décevante. Déjà parce que cela faisait longtemps qu’une mobilisation interprofessionnelle n’avait pas eu lieu. On l’attendait donc au tournant celle-là. On s’en réjouissait presque, mais pas trop non plus de crainte d’accentuer une déception probable. Ensuite parce qu’on était demandeur dans ce contexte combatif (grèves locales et sectorielles à répétition, grève générale tenant bon dans les Dom-Tom), mais où tout fout le camp, où l’on suffoque dans ce que l’on pourrait nommer une crise organique : celle des institutions économiques et politiques ne réussissant plus à accommoder des tensions internes engendrées par les contradictions des rapports sociaux.

Radicalisation républicaine

De jour en jour les positions se raidissent et l’espace médiatique nous sature des préoccupations très peu centrales (pour la majorité) d’une classe politique faisant diversion, par la division de notre camp social, pour pérenniser son emprise et ainsi garantir les conditions de reproduction d’un système économique. Tout s’accélère et des sorties politiques hors cadre naissent : des éditorialistes se présentent à la présidentielle, les Gilets Jaunes renouent avec le politique en-dehors de toute grammaire institutionnelle. Les symptômes de cette déformation sont des recompositions politiques par mouvements, la dislocation d’un régime moins viable que jamais du fait d’évolutions internes trop brusques pour ses institutions (mondialisation et financiarisation), et l’inévitable réponse par la violence puisque tout est déréglé : violence physique, sociale et verbale.

On pensera aux très fascisants CNews et Europe 1 de Bolloré, ayant propulsé Zemmour. Des seconds de cordée dans la course à la radicalisation aussi, à savoir BFM, de Drahi, et LCI, de Bouygues. Ou encore à ceux qui mènent le jeu de l’agenda politique, je veux dire Valeurs actuelles, cet hebdomadaire laissant les généraux factieux s’exprimer à travers non pas une mais deux tribunes (la seconde date du 11 mai 2021), ou compilant les preuves accablantes contre le « wokisme », nouvel ennemi de l’intérieur(1). Dans le sillage, suit tout un paquet d’hebdomadaires pédagogues comme Marianne ou Le Point, prenant de haut, avertissant contre la menace civilisationnelle que constituent l’Islam et les populismes (autre notion utile pour confondre des choses différentes)(2).

D’ailleurs, on n’en finit plus des remontrances du gouvernement à l’encontre des islamo-gauchistes (toute la gauche réformiste et anticapitaliste, des syndicats aux partis), des fainéants (les salariés et leurs privilèges : les conquêtes sociales du code du travail, les conventions collectives et les métiers à statut) ou des emmerdeurs (les mobilisés contre le pass sanitaire puis vaccinal), sous-entendu les complotistes quelque peu arriérés, influençables et monstrueux (ceux de l’invasion du Capitole). À ce propos, maintenir la confusion entre anti-vax et anti-pass, recourir même au préfixe réducteur d’anti-, est évidemment une manipulation en soi. Cela doit nous rappeler que, d’une part, l’idéologie dominante définit notre cadre de pensée (ce que nous disons, faisons, est le fruit de ce que nous voyons, vivons, ressentons). Que de fait on se reconnaît dans un monde de paroles et d’attitudes. Et que d’autre part, les idées complotistes sont manipulées par des gens très distingués (dans l’ordre des choses). Souvenons-nous que Macron voyait la main Russe derrière les Gilets Jaunes(3) et Blanquer la main Russe derrière le crash des serveurs de l’éducation nationale(4).

Que vaudrait un front républicain contre l’extrême droite alors que le républicanisme est devenu le véhicule des idées d’extrême droite ?

Toned gelatin silver emulsion print. Ruth Thorne-Thomsen, Life is like the Moon, Now Full, Now Dark, 1996

Avec ça… Avec ça, l’affirmation d’une gauche d’extrême droite, produit de 40 ans de néolibéralisme destructeur. On y retrouve Valls de retour d’Espagne, souhaitant pour son pays un second tour Macron / Pécresse(5), ou le Printemps Républicain qui entretient le travail de diversion par sa laïcité déformée, contre les communautaristes, wokistes, décoloniaux, séparatistes intersectionnels, antiracistes et militants associatifs des quartiers. Que vaudrait un front républicain contre l’extrême droite alors que le républicanisme est devenu le véhicule des idées d’extrême droite ?

Dans le paysage, on croise un Zemmour au programme ultralibéral et fantasmant un retour au capitalisme paternaliste du XIXe s., soutenu par une partie de la classe dominante (Bolloré entre autres). Une Marine Le Pen tout aussi libérale, fidèle à elle-même, mais plus que jamais consciente qu’il faut courtiser les puissances financières pour pouvoir briguer le trône (d’où l’abandon de la revendication de la sortie de l’UE, entre autres). Une Pécresse qui joue la surenchère sur le plan économique (150.000 postes de fonctionnaires en moins promis, contre 120.000 pour Macron) et sur le thème sécuritaire, style Sarkozy, pour assurer son flanc droit. Macron, lui, au milieu de cet enfer, reste une figure raisonnable par sa communication maîtrisée. Pourtant, il est celui qui propose les 45 heures de travail par semaine pour les jeunes ou le travail des seniors par des incitations financières, et qui aura concrétisé le tournant autoritaire : loi travail I & II (50 milliards d’économie et une dérégulation totale du code du travail), réforme de l’assurance chômage (restrictions, baisse des allocations et évacuation des salarié.e.s dans la gestion de la caisse), coupes dans l’assurance maladie (15 milliards), dans les hôpitaux (1.2 milliards en moins en 2018, 5.200 lits en moins en 2020), suppression de l’ISF (cadeau de 4 milliards aux 1 % les plus riches), baisse de l’IS (Impôts sur les Sociétés), mise en place du CICE (20 milliards de cadeau aux entreprises pour les inciter à embaucher, sans contrepartie), projet de réforme des retraites (baisse des pensions et unification du régime autour de comptes personnels), promotion du travail indépendant, dit uberisation (retour au travail à la tâche et à une vulnérabilité face aux aléas), répression des Gilets Jaunes, répression des grèves, attaques contre la presse indépendante, lois sécuritaires (au moins cinq en un mandat), etc.

Enfin, la gauche sociale démocrate et sociale chauvine, enferrée dans des querelles de partis et de places, qui compatit avec les policiers (Fabien Roussel du PCF et Olivier Faure du PS), promet l’écologie ni de droite ni de gauche (Jadot d’EELV), le retour de la chic anti-raciste et très libérale Taubira (qui rejoignait, du temps Hollande et dans son programme de 2002, la baisse des cotisations, la réforme des retraites, les coupes budgétaires, etc.), ainsi que la persistance du Parti socialiste, incarnée par Hidalgo, qui entérine l’héritage de Hollande, ne sachant plus quoi faire pour percer (primaire, pas primaire?) et annonçant son programme le jour de la mobilisation des enseignant.e.s du 13 janvier dernier, là où on aurait encore préféré du silence.

La limite des mots d’ordre

Qu’à cela ne tienne, l’essentiel, pour nous, se passe ailleurs. Au-delà de cette radicalisation généralisée d’un monde déchaîné ayant pris le pli d’écraser, de conquérir, de renverser. Revenons-y. Cette manifestation donc, on la souhaitait belle et forte. D’autant plus que de batailler pour un pour, pour une fois…(6). Un pour l’augmentation des salaires (Smic à 1700e net par mois), dans un contexte d’inflation galopante(7) et de prise de conscience, survenue durant les confinements, que les métiers les plus utiles (en majorité féminins) sont les plus mal payés. Mais un pour abstrait et petit à l’échelle nationale, ne pensant ni la pérennisation institutionnelle ni le rapport de force à édifier.

On s’attendrait à ce que le rôle d’un mouvement national soit d’offrir une proposition directionnelle pour l’ensemble des luttes locales, au-delà du simple pouvoir d’achat (et pourquoi pas le pouvoir tout court ?) qui ne remet pas en cause la fuite en avant productiviste. Une proposition coordonnée permettant de donner corps à ces initiatives dispersées, qui s’appuierait sur le déjà-là le plus puissant à notre disposition : la Sécurité sociale, garantissant la mise en sûreté d’une part de la production socialisée (mise en commun), et le salaire à la qualification personnelle, détachant le salaire de l’activité.

Photographie de René Maltête, Les échecs, une source de réflexion

Sans parler ouvertement de souveraineté populaire sur le travail (autrement dit, la contestation de la séparation des personnes des fins et des moyens de leur travail concret), avancer une augmentation générale des salaires, notamment du Smic, par la monnaie marquée de la cotisation (sur le principe de la carte vitale), serait le moyen de renforcer nos services publics et le régime général. Ce qui aurait pour résultat supplémentaire d’augmenter pensions et allocations. D’autant plus lorsque l’extrême droite, la droite et la gauche sociale démocrate disent vouloir augmenter les salaires net pour mieux détruire le brut, soit le système des cotisations (cette part de la production socialisée revenant donc à chacun.une), dans la lignée de toutes les mesures libérales entamées à partir des années 1980, et même dès les années 1950(8). C’est bien le régime général qui nous a permis de tenir durant la crise Covid par le chômage partiel et l’aide aux activités impactées. Il a prouvé, par le salaire continué des pensions et des allocations résultant des richesses mises en commun (valeur socialisée), la supériorité d’un statut attachant le salaire à la personne et non plus au poste de travail(9).

Dans le prolongement, porter un droit inconditionnel au salaire dès sa majorité comme enrichissement de la citoyenneté, pour confirmer l’individu comme producteur.trice et le poser comme responsable de la réalisation et de la définition du travail, aurait également été une manière de s’adresser aux étudiant.e.s (en écho à leur mobilisation du 03 février), en plus de répondre à la désertion des urnes et à toutes les idées d’un « revenu universel », d’un « RSA jeune » ou d’une « allocation jeune ». Ces faux amis, loin de libérer de la nécessité de se vendre sur le « marché du travail », mettent sous tutelle de l’État, n’assurent aucun droit de regard sur la production, atomisent les individus, rendent supportable le travail à la tâche, justifient la baisse des salaires et l’augmentation des prix, bref, ne s’attaquent pas à ce qui fonde le pouvoir de la classe dominante : son monopole sur le travail. Il faut continuer à insister sur ce point, pour que l’idée d’un espace autonome fasse son chemin ; pour que la construction de cette autonomie devienne un non-négociable.

Une lente dérivation
Photographie de René Maltête, sans titre

On pourrait considérer cette journée différemment. Une manifestation c’est toujours le moment de se retrouver, et on a su se retrouver. Se revitaliser, mesurer ensemble, en somme, entretenir une dynamique à notre échelle. Car c’est d’échelle qu’il s’agit. Certes, on attendait, et ça n’a pas surgi. Mais qu’est-ce qui n’a pas surgit ? Ce qu’on devrait y voir, c’est le désaveu de l’habitude de la stratégie d’émiettement et de compromis à l’heure où l’espace de la négociation s’est refermé. En quelque sorte, la crise organique frappe également les directions syndicales, incapables de reprendre les tensions internes les agitant. Les intérêts et les aspirations divergentes s’expriment malgré elles par des débats revendicatifs, des échanges d’expériences, une solidarité dans l’action ou la perspective d’une sortie du capitalisme.

Mises à la remorque du rythme des luttes nécessaires et quotidiennes, les directions syndicales invoquent des journées pour temporiser, pour donner du grain à moudre aux myriades de grèves et mobilisations pour l’augmentation des salaires, contre les licenciements, pour de meilleures conditions d’existence ou face à la répression patronale. Non, les syndicats ne sont pas morts. Ça vit. Leurs militant.e.s cravachent par leur engagement permanent. Car des luttes, il y en a des centaines actuellement, dans la santé, les transports, l’énergie, l’éducation (mobilisation nationale des lycéen.nes et étudiant.e.s du 03 février, sans compter les mobilisations locales depuis le 13 janvier), le social et médico-social (mobilisation du 01 févier) ou l’intermittence.

Les directions, contraintes, comme pour faire valoir leur légitimité, appellent, et libre aux salarié.e.s et citoyen.ne.s déjà en mouvement de s’y adjoindre ou non, selon leurs besoins. L’énergie n’est pas sans fin. Ce qui apparaît en tout cas, c’est qu’on ne peut plus prendre le pouls de la contestation par la seule focale de ces journées (là où durant les Gilets Jaunes on le pouvait encore par l’entremêlement des rendez-vous et des milieux), tant celles-ci sont débordées par ce que les gens mettent en œuvre maintenant pour transformer ce qui vient. Pour cette raison, il se peut bien que l’une d’entre elles fasse évènement, c’est-à-dire point de bascule dans la réalité et point de départ de quelque chose de global : au moment où ça décidera. Les syndicats sont des réceptacles qui n’attendent qu’une redynamisation de leurs tissus, un chambardement de leurs habitudes et un emparement général opérant toujours de manière imprévisible.

Tous ces mouvements partent de petites choses. Ces témoignages de l’inégalité flagrante qui font germer un processus, une dynamique s’autonomisant

Photographie de René Maltête, Sans titre

L’arrière-plan de cette journée se déploie sur des mois. C’est une intrication de surgissements qui font l’ambiance bouillonnante du pays, entre la grève générale des Dom-Tom (depuis novembre!) et cette mobilisation contre le pass vaccinal qui, elle non plus, n’en finit plus dans sa régularité. Jusqu’à mobiliser encore 100.000 manifestants le 08 puis le 15 janvier, soit pas si loin des 150.000 manifestant.e.s environ recensé.e.s durant notre 27 janvier préparé sur plusieurs semaines. Cet arrière-plan est disparate mais riche. Il agite et rythme la vie politique comme jamais à trois mois à peine des élections présidentielles. L’intuition qui parcourt l’ensemble du corps social est la bonne. Elle dit bien que la démocratie est de moins en moins présente dans la vie publique, resserrée qu’elle est autour de la finance déréglementée, du libre-échange organisant tout autour de la loi du marché, des traités européens imposant les équilibres budgétaires, du seul scrutin décisif, la présidentielle. Sclérosée aussi par l’hégémonie des experts, des conseils de défense, des boites de conseil privées pour définir la stratégie vaccinale (28 contrats pour 11 millions d’euros de 2020 à 2021) ou l’évolution du métier d’enseignant (Blanquer a déboursé 500.000e auprès de McKinsey)(10), dans une délégitimation totale des logiques délibératives de la Ve République même (c’est chaque année 140 millions de dépense pour tous les ministres)(11).

Nous sortir de l’attente

À défaut d’organisations capables de mettre en œuvre des actions dynamiques sur la société, de raffermir le sens de l’action offensive, de promouvoir l’égalité et de mobiliser sur une vie politique propre, tous ces mouvements partent de petites choses. Ces témoignages de l’inégalité flagrante qui font germer un processus, une dynamique s’autonomisant en avançant sur un principe et les bases d’un déjà-là : un principe d’égalité à vérifier sous diverses formes, celui confortant la capacité de chacun.e.s à gouverner, des institutions du travail et des statuts existant à prolonger, construisant notre souveraineté au présent, notre responsabilité à produire et donc à décider de la valeur.

Photographie de Sabine Weiss, La sortie du métro, 1955

Si nous voulons sortir des dichotomies affectives, du pessimisme et du fatalisme nous gagnant bien trop facilement, il faut garder de vue ces éléments déjà-là et toujours prendre le tout dans sa totale expressivité. Pour arrêter de se raconter des histoires, il faut aussi sortir de la croyance (l’athéisme n’en dispense pas) en l’idée d’une harmonie spontanée qui adviendrait dans un paradis consolateur suite à l’effondrement de l’adversaire : « Demain ira mieux, demain est plein de promesse, et vive le grand soir ! ».

« Accompagner l’attente du futur » est ce qui nous paralyse, ce qui nous fait oublier que les contradictions inhérentes au réel font de l’histoire un mouvement ouvert. Le monde autre ne nous attend pas. Il est au présent, dans l’actualisation permanente, par le jeu de dépassement des rapports sociaux. Il se pose dans les petits actes victorieux du quotidien réussissant à subvertir la réalité (transgresser le rythme imposé, par la grève, rénover son imaginaire, par des groupes de réflexion, etc.), malgré le tragique que comporte la responsabilité de faire face à la violence de la réaction des puissances économiques, politiques et symboliques.

Or, ce 27 janvier, créépar l’arrière-plan en mouvement, aura au moins permis à de nombreux.euses salarié.e.s de lancer des mobilisations locales, d’en ponctuer d’autres ou de rassembler pour (re)commencer à redonner du sens aux mots et aux choses. Un prérequis rappelé par l’Abbé Grégoire : « J’ai créé le mot pour tuer la chose ». Ces mots nous les employons aussi pour posséder ce que l’on croit, dans un geste qui exhume le réel. Sans l’illusion de la mesure compensatoire du paradis social trop souvent arrimé à une gauche émancipatrice qui pourrait apprendre de la rationalité portée par l’« Apôtre des Gentils »  : « La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (Saint Paul, Hébreux 11.1).

Alaoui O.