Salaire à vie, Patrimoine immortel !

Salaire à vie, Patrimoine immortel !

Comme vous le savez, le durcissement des règles de calcul de l’allocation chômage est appliqué depuis le 1er octobre 2021. L’entrée en vigueur de certaines dispositions de la réforme (comme le passage de 4 à 6 mois sur les 24 derniers mois pour prétendre aux indemnités) s’est faite, elle, le 1er décembre, dans l’atonie d’un mouvement général.

Vous trouverez donc, à la fin de ce billet, un guide de survie dans la toile bureaucratique que nous tend les réformes sous prétexte de simplifier, de « fluidifier », de « flexibiliser » (tous ces mots du flux marchand) les conditions d’accès aux prestations sociales, parce que les charges patronales seraient trop fortes, les fonctionnaires utiles mais improductifs, le système inefficace et freinant une émulation concurrentielle entre nations, etc. Autant de poncifs qui, en réalité, n’ont eu de cesse de complexifier le code du travail et de gripper le fonctionnement du régime général.

Pourtant, à l’origine du geste de ces institutions établies en 1946 suite aux grandes grèves ouvrières, une volonté simple : celle d’unifier les Sécurités sociales éclatées par branches, voire par entreprises, dans une seule institution du travail capable de peser face aux intérêts patronaux et à l’État, compris comme l’outil institutionnalisant la puissance des classes dominantes et fondant leur légitimité aux yeux des populations, dans le cadre d’un régime politique d’accumulation (régime libéral classique, keynésianiste des 30 glorieuses, néo-libéral dès la fin des années 1970 et libertarien, en germe).

Par la création du régime général de Sécurité sociale (maîtrisé aux trois quarts par les salarié.e.s jusqu’en 1967), du statut de fonctionnaire, des carrières par branches ou encore de l’intermittence, le mouvement social se dote à cette époque de puissants outils pour, non seulement, attacher le salaire à la personne et non plus au poste de travail soumis à la fluctuation du marché des monopoles, mais encore pour ouvrir la voie à une véritable souveraineté sur le travail en vue de décider de l’essentiel : ce que l’on produit, comment, en quelles quantités et à quelles échelles.

À l’origine, la retraite c’est le droit à un salaire continué (calculé à partir des meilleures années) et non à l’accumulation, sur des comptes personnels, de bons points par des cotisations (logique méritocratique) ; à l’origine, l’assurance-chômage c’est le droit à un salaire, non à un pouvoir d’achat ; à l’origine, l’assurance maladie a été financée par les cotisations (cette part de la valeur socialisée), non par le crédit, prouvant qu’il est inutile de recourir aux capitaux privés.

Affirmer les personnes comme productrices de valeur par un droit politique au salaire, c’est de fait nous rendre responsables de la production là ou l’emploi nous pose comme simples demandeurs, extérieurs aux décisions et donc illégitimes à prétendre au pilotage de nos activités. Le développement et l’approfondissement des prémices d’une telle citoyenneté enrichie, nous confirmant en permanence dans notre capacité à décider, nous permettrait d’accompagner le désir intime et général d’une maîtrise des affaires publiques pour fixer concrètement les investissements, les salaires, les normes régissant nos métiers, bref, ce qu’est le travail et la valeur donnée à son produit !

Le guide de nos droits par la CGT-chômeurs-précaires : https://chomeurs-precaires-cgt.fr/guide-des-droits/

Alaoui O.

Action à l’occasion des Journées du Patrimoine (février 2021)

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