2000, Mon cerveau dans ma bouche, Programme (1/2)

2000, Mon cerveau dans ma bouche, Programme (1/2)

Débris de nous-même considérés comme œuvre

Sans précautions ni détours
La bataille n’est pas dans le temps, elle est le temps.

Il arrive un point où tu n’arrives plus à te réveiller.
Shoryyyyyuuuuukkkkkeeeeennnnnnnn

Celle qui voudra de tes nouvelles aura la FNAC pour seule adresse
Au fond du premier pronom personnel, je lance cette machine pour justifier mon existence
(Faire le bien c’est mal faire le mal. AHAH)
Je dois gagner mon argent, c’est angoissant. J’ai le cœur entre les dents.

moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis moi je suis

Tout le monde est concentré pour battre des scores sur des machines.
Morceau pourri à la radio.
Tireur embusqué à bouffer du flic.
Je meurs une 2ème fois, même topo, y’a rien à faire.

Lève la main droite

Je Jure d’avoir vu le vent briser les chaînes

Retiens-bien

Je suis prisonnier de moi-même mais ne le dis pas à celle que tu aimes
Débarasse-toi de l’enfant qui est le brouillon de la nuit

Pour en avoir toujours, il faut être pire.
Les chiens, la foule, les tops models.

Ceux qui voudront crier quand même le pourront.
Après, c’est juste une filature.
Ceux qui voudront refuser quand même le pourront.

Une rime en or pour rien en faire
Un accord pour milles affaires

Vous connaissez James Brown ? Moi, c’est le contraire
Je suis blanc et j’en suis pas fier

Les enfants de l’enfer communiquent par télépathie
pour que tout soit dit

Marius C. inspiré d’Arnaud Michniak

Notes de la rédaction :

Programme c’est ce groupe analo-numérique dit de « rock indépendant ». Fondé en 1997 par Arnaud Michniak et Damien Bétous, il a sorti 5 albums. Le dernier en 2010, le premier en 2000. C’est cet impitoyable premier pas vers l’enfer des mots et des samples qui est ici invoqué.

À chacun, selon.

À chacun, selon.

Colette Magny, Feu et Rythme, 1970, Le chant du monde

Verfeil-sur-Seye

Chanson-Territoire. Interprète-Activiste. Colette-Magny. La tentation de m’arrêter là, à cet instant de l’argument. Feu et Rythme.

Il s’est révélé (l’embrasement de ses gestes le soutenant) dans le rythme son compagnon le feu. Ce titre d’album, comme une vache ou une prophétie, nous fixe dans une association nouvelle de sons et de syllabes.

Colette chante, parle, hurle, récite, joue, trafique des organes de musiciennes.

Colette Magny à Bordeaux en 1972

Le rythme se cadence entre deux absences. Simple, Magny.

Quelqu’une qui, dans le retard de son chant, fait entendre une danse, pas fourmi pour un sou de cigale. Comme si le texte parti, les mots (de Neruda, Leroi Jones, Jacob…) apprenant à se réassembler, deviennent ce feu.

Sortie en 1971, dans les questionnements et les frous-frous des braises de dix neuf cents soixante huit, elle porte la négritude hors de ses murs, la fait passer par la Bretagne ou le pays Basque, la solidarise dans l’action musicale concrète (les musiciens américains de free-jazz multipliant leurs déménagements parisiens ou stockholmois), n’hésitant pas à jouer avec les plus audacieux de son temps.

Polymorphie nécessaire à toute écoute. Combattre ses lâchetés. Duel d’ouïe. Devenir-Révolution.

« Salut, Pays » disait-on vieillement pour se saluer. Un camarade est un territoire en prononciation directe, dans cette France internationaliste de 1906.

Le territoire Colette sait que la mauvaise herbe musicale (Diego Masson, Beb Guerin, Barre Phillips, Dane Belany) est le décor le plus naturel à toute activité pré-révolutionnaire. Elle est au meilleur de son chant et des variations qu’elle peut lui offrir. Elle nous invite joyeusement à la réappropriation de notre expression (privée/publique), premier acte ou première pierre… d’un bla-bla à venir ?

Et pourtant

« Les poissons accédèrent à la noblesse par la bouillabaisse »

Colette est ma camarade. Ma révolution à venir, cette fois-ci, pour la première fois.

Marius C.